mercredi 7 avril 2010

Une prose à l’épreuve du réel - Trois interventions à propos de Virginia Woolf


Couverture de l’édition originale de 2003


Cet ouvrage de Dominique Hénaff est intéressant

et original car il procède d’une étude philosophique

de trois des principaux ouvrages de Virginia Woolf :

La Promenade au phare, les Vagues et Entre les actes.



Ce livre publié en 2003 par l’éditeur lyonnais Horlieu éditions

est la compilation de deux interventions de l’auteure à des

séminaires de travail sur la philosophie qui se sont tenus à Lyon,


en 1993 : « La Promenade au phare de Virginia Woolf –

Transcendance ou généricité » ;


puis en 1994 : « Communauté du vrai, déliaison – Virginia Woolf

et l’exposition de la langue comme merveille »


et en 2000, un essai (épuisé aujourd’hui) également édité par

Horlieu : « Changer le désastre en catastrophe - Virginia Woolf

dans le siècle »


Comme j’ai éprouvé de grandes difficultés à suivre l’analyse

philosophique de Dominique Hénaff visant à démontrer le

platonisme de Virginia Woolf, je préfère laisser l’auteure

présenter son ouvrage :


« Peut-être que ces trois textes n’existent — modeste témoignage —

que pour saluer la jeune Virginia Stephen. Elle qui traînée de force

dans une soirée mondaine par un demi-frère équivoque qui voulait

se faire « mousser » (Girl is phallus), déclarait benoîtement à un

parterre d’inénarrables Ladies l’interrogeant sur son activité

quotidienne (jouez-vous de la musique, faites-vous du tricot ?)

qu’elle passait son temps à lire Platon :


« Moi je lis Platon. Et vous-même, vous ne connaissez pas ?

Comment peut-on vivre sans avoir lu Platon ? ».


Car elle savait, la jeune Virginia, que la question philosophique

dernière — tramée dans des systèmes de pensée d’une complexité

inouïe — est bien celle-ci : qu’est-ce que vivre ?


Qu’est-ce que vivre, non simplement dans le train du monde comme

il va, mais aussi en exception à la platitude répétitive et oppressive

des jours, quand vous transit l’éclair extatique d’une vision, ou que

la certitude patiente d’un travail à venir vous saisit.


Le long détour soustractif d’une pensée œuvrante, noué à la

surrection extatique d’une contemplation, dans la traverse active

et instruite du monde, tel aura été ce « quelque chose d’abstrait,

dans les landes, dans le ciel », que Woolf disait chercher, dans le

compagnonnage de Platon, Lucrèce, Shakespeare, Dante, et

quelques autres.


Ces trois conférences se seront essayées à en retrouver l’écho.

Non pour « rationaliser la machine inhumaine » qui conduit notre

incertain aujourd’hui, mais pour l’inciser de ce fragment que

l’artiste de prose anglaise nous aura légué, à nous qui durons,

toujours. » Dominique Hénaff.




A ma connaissance, la très jolie édition de 2003 n’est pas encore

épuisée et on trouve également des exemplaires

en excellent état sur différents sites de livres d’occasion.


C’est un livre d’un accès difficile pour les non spécialistes

mais qui enchantera surement les lecteurs possédant les clés

de la démarche et du vocabulaire philosophique.


Mercredi 7 avril 2010

dimanche 28 mars 2010

Journal de Virginia Woolf, Tome 1


Couverture de l’édition française de 1981

Alors que Stock a publié en 2008 une magnifique édition intégrale
en un seul volume de « The diary of Virginia Woolf » traduit par
Colette-Marie Huet et Marie-Ange Dutartre sous le titre :
« Virginia Woolf Journal intégral 1915-1941 »
J’ai choisi de plonger dans la vie de Virginia à travers la version du
Journal en huit volumes, éditée en France par Stock, à partir de
1981, dans la superbe collection « Nouveau Cabinet Cosmopolite »

Je trouve en effet que la lecture d’un gros volume de 1558 pages
est fort malcommode et je n’apprécie guère les petits caractères
imprimés sur du papier à cigarette qui sévissent également dans les
belles collections Bouquins ou de La Pléiade.
J’ai donc choisi la forme la plus confortable et celle qui me permet de
me sentir plus proche de Virginia et de ses cahiers originaux.


Le tome 1 de « The diary of Virginia Woolf » a donc été édité par
The Hogarth Press en 1977. C’est un véritable travail de famille,
car l’éditeur est Anne Olivier Bell, les droits appartiennent à
Quentin Bell et à sa sœur Angelica Garnett (qui était belle comme
un ange quand petite elle rendait visite à sa tante Virginia).
La remarquable traduction publiée par Stock, en 1981, est de
Colette-Marie Huet.

Ce tome initial comprend un arbre généalogique très détaillé de la
famille de Virginia, suivi d’une introduction de Quentin Bell, le neveu
de Virginia auteur de la biographie de référence.
Le volume se termine par la très intéressante liste fort détaillée des
trente carnets de Virginia qui constituent son journal.
Ces cahiers font partie de la collection Berg déposée à la bibliothèque
publique de New-York.

Ce volume comprend les années 1915, 1917 et 1918. En 1916 Virginia
était malade et n’a pas pu tenir son journal.

Contrairement aux autres journaux, essais ou documents que j’ai pu
lire de Madame Woolf, où elle ne semble vivre que pour nourrir son
œuvre littéraire je suis frappé par une sorte d’insouciance, comme si
Virginia n’était pas encore complètement habitée par son art.

Elle est très libre dans son journal, très proche de son futur lecteur
mais dans ses premières années, elle se concentre sur la cueillette
des champignons, le rituel du tea dont elle fait un grand usage et
une vie sociale relativement importante, même quand elle vit à la
campagne, elle fait et surtout elle reçoit de nombreuses visites.
Elle s’inquiète beaucoup de ce que Léonard écrit ou hésite à écrire,
comme une bonne épouse un peu maternante.

C’est vrai qu’en 1915, Virginia n’a que 33 ans et qu’en dehors de son
journal, elle utilise surtout sa plume pour son travail de critique au
Supplément Littéraire du Times.

Curieusement, dans ses cahiers intimes elle ne parle jamais de son
premier roman, The Voyage out et elle se contente de très brèves
allusions au deuxième, Night and day, qu’elle est en train d’écrire…
Ainsi le 2 janvier 1915 : « Léonard et moi nous remettons tous deux
à nos griffonnages…je fais environ quatre pages de l’histoire de la
pauvre Effie »

Elle parle très librement et très simplement d’elle, du premier jour
de ses règles qu’elle passe couchée, d’un cors au pied ou d’un
moustique qui lui dévore les orteils…

C’est comme si elle était simple et naturelle pour son corps et sa vie
quotidienne et extraordinairement sophistiquée pour les choses de
l’esprit et redoutablement exigeante pour les capacités des autres.

Elle vivait d’une façon plutôt moderne car elle était équipée du
téléphone et elle semblait apprécier de prendre des bains.
J’ai également pris conscience de l’importance de la musique dans
sa vie. D’après son journal elle allait très facilement et fréquemment
au concert.

Virginia a toujours été exigeante avec son art. Le 6 janvier 1915,
elle note :
« J’ai écrit toute la matinée avec un plaisir infini, ce qui est curieux,
car je n’oublie jamais qu’il n’y a aucune raison pour que je sois
contente de ce que j’écris, et que dans six semaines, ou six jours, je
le trouverai détestable. »

Par contre, elle laisse libre cours à sa causticité et à ses incroyables
descriptions des faiblesses de la nature humaine qu’elle semble
relever avec une délectation infinie.

Je trouve que Virginia est pleine d’humour. Elle a un talent particulier
pour faire ressortir le ridicule et quand elle voit des « intruses » dans
sa bibliothèque londonienne préférée, cela donne ceci :
« La Day’s, à quatre heures de l’après-midi, est le rendez-vous
d’élégantes qui veulent qu’on leur dise ce qu’il faut lire. Je n’ai
jamais vu une bande de créatures plus méprisables. Elles arrivent
couvertes de fourrure comme des phoques et tout aussi parfumées que des civettes… »

Pour finir je citerai une dernière fois Virginia, elle qui savait faire
dire aux mots plus que ce qu’ils étaient. Le 29 janvier 1915, elle décrit une journée sans évènement notable :
« La journée est un peu semblable à un arbre sans feuille : elle
comporte toutes sortes de nuances, si on la regarde de près. Mais le
dessin général est plutôt dépouillé. »

Comme j’ai pris énormément de plaisir à lire ces trois années de la
vie de ma reine Woolféenne je ne peux résister à la volupté des mots
de Virginia :

"Nous devons modeler nos phrases,
jusqu'à en faire l'enveloppe
sans épaisseur de nos pensées."


C'est magic,
Woolfic.


Dimanche 28 mars 2010

vendredi 5 février 2010

VIRGINIA WOOLF trois ou quatre choses que je sais d'elle


Couverture de l’édition française



Cet ouvrage de Claudine Jardin est intéressant à deux

titres, d’un point de vue historique et pour la façon

très vivante dont l’auteur qui est journaliste raconte

sa Virginia Woolf en soulignant avec une remarquable

précision les temps forts de l’existence de la romancière

anglaise.


J’ai appris des détails importants sur la vie de son entourage,

aussi bien ses parents que sa sœur chérie ou même sur son

rapport avec la psychanalyse, ainsi que son entrevue avec

Freud.

Et puis il faut dire que Claudine Jardin a le talent de faire

revivre Virginia et de mettre en relief les aspects atypiques

de sa personnalité qui en faisaient le charme mais aussi

qui la condamnait comme Proust à une vie solitaire,

vouée à l’écriture et aux mots.


C’est d’ailleurs en lisant Claudine Jardin que j’ai appris que

l’enregistrement de Virginia par la BBC, intitulé « Words Fail

Me » qui figure dans la note précédente intitulée « Les mots

de Virginia » est la seule trace conservée de la voix de ma

Woolfette suprême.


Il s’agit d’un livre publié en 1973 par les éditions Hachette,

avec un magnifique cliché de Gisèle Freund illustrant la

couverture.

Comme le fait remarquer Claudine Jardin dans sa préface,

il s’agit seulement du troisième ouvrage français consacré

à Virginia après ceux de Jean Guiguet et de Monique Nathan.


Pour écrire cet ouvrage qui est à mi-chemin entre l’essai et la

biographie, l’auteure s’est principalement référée à la somme

magistrale de Quentin Bell, publiée un an auparavant et au

« Journal d’un écrivain » qui est l’extrait littéraire réalisé par

Léonard Woolf à partir du journal intégral de Virginia.


Grace à Claudine Jardin, Virginia revit au fil des pages et

nous l’accompagnons :


Par exemple en s’appuyant sur La Promenade au Phare

elle évoque magnifiquement Leslie Stephen, le père :

« Ses filles sont aussi des femmes. Il a droit à leur charme,

à leur sourire et il exige leur approbation. Aussi, quand il ne

l’obtient pas, il cherche à dire quelque chose de gentil.

Pardonnez-moi, aimez-moi. Voilà ce qu’il enfouit sous n’importe

quelle petite phrase anodine. Comment alors lui résister ?

Comment combattre ce qui est bien une tyrannie ? »



Claudine Jardin montre bien l’importance de Thoby,

le frère disparu trop tôt qui fut « l’homme de sa vie »

Elle fait également, à plusieurs reprises, le parallèle, à mon sens

justifié, entre la vie de Madame Woolf et celle de Marcel Proust :

« Pour Proust, comme pour Virginia, les jours heureux de

l’enfance formaient non seulement la seule période bénie de la vie,

mais la clef de toute recherche sur eux-mêmes »


L’ouvrage nous montre le regard aigu et souvent tranchant

que porte Virginia sur les autres. En juin 1919, elle avait assisté

à Richmond à un défilé de la paix qui lui était apparu comme

« un festival pour domestiques » !

Elle était parfois très dure, surtout avec les femmes…

En 1923, quand on lui présenta Alix, la belle sœur de Lytton

Strachey, Virginia eut ces mots cinglants : « Oh, oui, Alix,

je sais tout de vous. Vous passez simplement tout votre temps

à danser et vous sombrez dans l’imbécilité à chaque instant. »



Virginia était assurément snob, mais elle qui a côtoyé les plus grands

personnages de son temps, comme Keynes ou Churchill, sans parler

de Freud qu’elle rencontra à Londres en 1939 et qui lui offrit une

fleur, se rend à son atelier d’imprimerie avec un air d’ange échevelé,

pieds nus dans de vieilles pantoufles, vêtue d’une chemise de nuit

déchirée, vaguement recouverte d’une robe de chambre…


Comme chez Proust, la maladie et le don semblent inséparables,

aussi malgré ses nombreuses connaissances évoluant dans le secteur

de la psychanalyse (comme son frère Adrian) Virginia ne voulu jamais

entendre parler d’une psychothérapie car elle était persuadée que sa

folie faisait partie intégrante de son génie




A ma connaissance, l’édition de 1973 est épuisée depuis

longtemps, mais on peut encore trouver quelques exemplaires

sur des sites de livres d’occasion.


C’est un livre très bien écrit et facile à lire qui donnera envie aux

Woolfistes débutants d’aller plus loin.

« La vie, plus de vie ! » disait Virginia.


Samedi 6 février 2010

mercredi 23 décembre 2009

La Maison hantée



La nouvelle tient une place importante dans l’œuvre
et dans la vie de Virginia Woolf car elle écrivait tout le temps
et notait régulièrement des idées, des sujets ou des trames
de « short stories ».

Son itinéraire littéraire est scandé par la parution de cinq recueils
de nouvelles dont La Maison hantée est le plus riche car il reprend
l’essentiel de Monday or Tuesday en le complétant de nouveaux
textes dont certains inédits.

1° Le mythique « Monday or Tuesday » est le seul volume
de nouvelles paru du vivant de Virginia Woolf, en 1921.
Monday or Tuesday est toujours disponible en anglais,
édité notamment par Hesperus Press Limited (Hesperus Classics)
ou par Dover Publications (Dover Thrift Editions).
A ma connaissance, il n’y a jamais eu de publication en français.

Ce recueil comprenait huit nouvelles :
- Monday or Tuesday (Lundi ou mardi), écrit en novembre
ou décembre 1920.
- A Haunted House (Une maison hantée), publié en1921.
- An Unwritten Novel (Un roman esquissé), publié en juillet 1920.
- The String Quartet (Le quatuor à cordes), publié en 1921.
- Kew gardens, publié en mai 1919 par la Hogarth Press.
- The Mark on the Wall (La marque sur le mur), écrit en été 1917.
- A society (Une société), publié en1921, non repris ultérieurement.
- Blue and Green (Bleu et vert), publié en1921, ne sera pas repris.


2° « The Haunted House and Other Short Stories» parait en 1943,
deux ans après la mort de Virginia Woolf.
Traduit par Hélène Bokanowski, il sera édité par les éditions Charlot
en 1946, sous le titre « La maison hantée ».
C’est une édition épuisée depuis longtemps et donc très rare.
Pendant longtemps deux seuls exemplaires étaient proposés par des
libraires spécialisés sur Internet dont l’un avait la couverture
abimée, je me suis donc procuré l’autre dont les pages n’étaient
même pas coupées.

La remarquable préface a été écrite par Léonard Woolf en 1943,
il explique parfaitement comment il a choisi les textes, dans le
prolongement de la volonté de Virginia qui avait décidé en 1940
de la publication d’un nouveau volume de nouvelles dont elle
prévoyait la sortie en 1942.

Le recueil « La maison hantée » est composé de trois blocs de
six nouvelles :

1) Les nouvelles déjà publiées dans Monday or Tuesday, à l’exception
de « A society » et de « Blue and Green » auxquelles Virginia ne
tenait pas vraiment ;

2) Six nouvelles déjà parues dans diverses revues entre 1922 et 1941 :
- The New Dress (La robe neuve), 1925.
- The Shooting Party (La partie de chasse), publiée en 1938.
- Lappin and Lapinova (Lappin et Lapinova), écrite en 1919
et publiée en 1939.
- Solid Objects (Objets massifs), octobre 1920.
- The Lady in the Looking Glass (La dame au miroir),
écrite en décembre 1927 et publiée en décembre 1929.
- The Duchess and the Jeweller (La duchesse et le bijoutier),
écrite en 1937 et publiée en 1938.

3) Et pour finir, six nouvelles inédites :
- Moments of Being (Moments de l’être), publié en janvier 1928.
- The Man who Loved his Kind (L’homme qui aimait son prochain),
écrit au printemps 1925.
- The Searchlight (Le projecteur), écrit en février 1939.
- The Legacy (Le legs), publié en 1943.
- Together and Apart (Ensemble et séparés), écrit au printemps
1925.
- A Summing Up (Mise au point), écrit au printemps 1925.


Lire et relire les dix huit nouvelles de ce volume conçu par Léonard
Woolf est un moment de grand bonheur et apporte une sensation
de plénitude.
A travers les variations de rythme et de plans composées par la
romancière, c’est toute l’œuvre de Virginia qui s’annonce, déjà
présente dans la recherche d’une sorte de dissonance fluide qui
à chaque lecture me surprend et m’émerveille.

Le mieux placé pour en parler, loin du verbiage asticotatoire de
certaines universitaires reste Léonard Woolf, le plus fidèle serviteur
de Virginia et de son œuvre :

« Toute sa vie, Virginia Woolf écrivit des nouvelles. Lorsqu’un sujet
lui passait par la tête, elle le notait grosso modo par écrit et rangeait
cette ébauche dans un tiroir. Si plus tard un éditeur lui demandait
une nouvelle et si elle se sentait d’humeur à l’écrire (ce qui était fort
rare), elle sortait l’une de ces ébauches de son tiroir et la récrivait,
souvent un très grand nombre de fois. Lorsqu’elle travaillait à un
roman, elle éprouvait également le besoin (c’était fréquent), de se
reposer l’esprit en faisant pendant quelque temps autre chose. Elle
écrivait alors un essai de critique ou bien retravaillait l’une de ces
nouvelles à l’état d’ébauche. »
(1943, préface de La Maison hantée, traduite par Hélène Bokanowski).


3° Les trois autres volumes de nouvelles publiées à titre posthume,
par la Hogarth Press : « The Death of the Moth », « The Moment »
et « The Captain’s Death Bed » seront également traduits en Français
par Hélène Bokanowski et intégrées avec la Maison Hantée dans un
vaste volume appelé « La mort de la phalène, édité par Le Seuil
en 1968 et régulièrement réédité dans la collection Points.


Les traductions les plus récentes des short stories de Mrs Woolf
sont l’œuvre de Pierre Nordon qui a publié en 1993 dans Le Livre de
Poche un recueil bilingue de douze textes sous le titre de "Kew
Gardens", avec des renvois et des notes sur la traduction fort
enrichissantes.

On retrouvera ensuite dix neuf nouvelles de Virginia dans l’anthologie
que lui consacre Pierre Nordon : « Romans et nouvelles » édité le 12
décembre 2002 par le Livre de Poche dans la collection Pochothèque.
En dehors des nouvelles traductions dues à Pierre Nordon et Pascale
Michon, l’intérêt de cette compilation est de pouvoir découvrir en
français les deux textes bannis par Léonard Woolf « Une société »
ainsi que « Bleu et vert ».


Une façon de boucler la boucle…

Comme disait Mrs Dalloway (who was always so charming) dans
« La robe neuve » :

« But it’s too early to go ! »

Mercredi 23 décembre 2009

dimanche 20 décembre 2009

Nouvelles anglaises



Ce très joli recueil de nouvelles a un triple rapport avec

Virginia Woolf :

1° Il s’agit d’un vaste panorama de la littérature anglaise,

depuis le 13ème siècle et l’auteur inconnu de « Sire Gauvain »

jusqu’au 20ème siècle avec notamment D. H. Lawrence,

Katherine Mansfield et Evelyn Waugh, en passant par les

grands classiques Walter Scott, Thomas de Quincey et

Charles Dickens, sans oublier les Hardy, Stevenson, Wilde

ou encore Conrad… Que du beau monde !

2° Le choix des nouvelles et la préface du livre sont l’œuvre

d’Hélène Bokanowski, grande spécialiste de la littérature

anglaise et de l’œuvre de Virginia dont elle a traduit en Français

pratiquement toutes les nouvelles.

3° Parmi les vingt deux short stories présentées, figure en bonne

place « La Marque sur le Mur » de Mrs Woolf.


Ces Nouvelles anglaises parues chez Seghers en 1963, constituent

le septième volume de la collection MELIOR que l’éditeur présente

comme « populaire par son prix et luxueuse par sa présentation ».

L’exemplaire que je me suis procuré dans une librairie spécialisée

est effectivement imprimé sur beau papier et relié sous jaquette

rhodoïd qui permet une conservation parfaite.


Les nouvelles sont présentées par ordre chronologique et chaque

texte est précédé d’une courte biographie.

Dans sa très fine préface, Hélène Bokanowski explique son souci

de mieux faire connaître les auteurs anglais en France et elle cite

notamment le cas de Virginia Woolf : « …sans passer inaperçue,

ne reçut pas l’accueil mérité par celle que les Anglais considèrent

eux, comme l’un des grands, sinon le plus grand romancier de la

première moitié du siècle. Aujourd’hui, on reparle d’elle, car on s’est

aperçu qu’elle fut, plus ou moins directement, à l’origine de cette

école dite du nouveau roman …. elle fut la première à donner à des

personnages la dimension qu’ils prennent quand leurs rapports avec

autrui et le monde extérieur se définissent par le flux du

subconscient plutôt que par l’action. »


« The Mark on the Wall » est une nouvelle mythique de Virginia

Woolf, car c’est tout bonnement la première à être publiée, en 1917.

Auparavant, Virginia avait seulement publié son premier roman,

« The Voyage Out », en 1915.

The Mark on the Wall a aussi une forte portée symbolique,

car ce fut la première publication de la Hogarth Press, la

maison d’édition des Woolf.


La nouvelle traduite par Hélène Bokanowski sous le titre

« La Marque sur le Mur » sera ensuite reprise dans le recueil

« Une Maison hantée » édité par Charlot en 1946, puis dans

le florilège intitulé « La Mort de la phalène » édité par Le Seuil,

en 1968.


Pour parler de la nouvelle, avec Virginia, c’est simple, la magie

est immédiate, il suffit de l’écouter parler d’un arbre, d’un simple

arbre de bois :


J’aime à penser à l’arbre en soi : d’abord à cette compacte et sèche

sensation d’être de bois ; puis au grincement de l’orage, et puis

à ce lent, à ce délicieux suintement de la sève.

J’aime à songer aussi à l’arbre dans un champ par les nuits d’hiver,

lorsque toutes ses feuilles repliées sur elles-mêmes, il dissimule

sa fragilité au fer des projectiles lunaires ; mât dénudé, planté

dans une terre qui tombe, tombe toute la nuit.

Le chant des oiseaux doit lui sembler très fort, étrange aussi

en juin ;

et les pieds des insectes doivent lui donner froid lorsqu’ils

progressent laborieusement le long des plis de son écorce, ou

qu’ils se chauffent au soleil sur la mince et verte tente de ses

feuilles, regardant droit devant eux, avec leurs yeux à facettes

rouges…



Que dire de plus ?

- Rien !

- Ou plutôt Merci.


Dimanche 20 décembre 2009

samedi 24 octobre 2009

La Promenade au phare



Couverture de l’édition de 2009

Après La Chambre de Jacob en 1922, puis Mrs Dalloway en 1925, La Promenade au Phare publié en 1927 par la Hogarth Press, complète magnifiquement la trilogie magique des romans « modernistes » de Virginia Woolf.
C’est celui qui a reçu l’accueil le plus triomphal de la part de la critique anglaise et américaine. Il sera également plébiscité par les lecteurs puisque les ventes de la première année dépasseront le total atteint par La Chambre de Jacob et Mrs Dalloway.


Un livre qui comme les précédents, ne s’embarrasse pas trop des conventions du genre romanesque et qui comme le souligne très judicieusement Françoise Pellan dans sa préface à l’édition française de 1996, emprunte « à l’art pictural le principe de sa composition, elle se présente sous la forme d’un triptyque. Le premier volet baigne dans la chaude lumière d’un soir de septembre, quelques années avant la guerre de 14-18. Le panneau central a la couleur des nuits de tempête zébrées d’éclairs. Le second volet doit sa lumière crue au soleil d’un matin d’été, juste après la guerre. »



- La 1ère traduction en français de To the Lighthouse par M. Lanoire sera éditée par Stock en 1929, sous le titre « La Promenade au phare » Cette même traduction sera reprise dans le 1er tome de L’œuvre romanesque publiée par Stock en 1973, avec une remarquable préface de Monique Nathan.
Cette même version avait fait l’objet en 1957 d’une édition limitée à 3300 exemplaires numérotés dans la collection Stock reliée. L’artiste Jeanne Pécheur a orné la reliure et les gardes des ses dessins (superbes !), d’un document photographique Roger Viollet et d’un portrait inédit de Virginia Woolf par Gisèle Freund. J’ai eu la chance de me procurer l’exemplaire n° 1593…

- La deuxième traduction de To the Lighthouse, sous le titre de « Voyage au Phare » sera l’œuvre de Magali Merle en 1993 pour le recueil « Romans & Nouvelles » publié dans la collection Pochothèque du Livre de Poche, avec une préface de Pierre Nordon

- La troisième traduction en français, sous le titre « Vers le Phare » sera l’œuvre de Françoise Pellan qui rédigera également la préface du livre publié en 1996, dans la collection Folio classique chez Gallimard.

- La toute dernière version de 2009, sous le titre « Au Phare » bénéficie d’une nouvelle traduction d’Anne Wicke, dans la merveilleuse collection La Cosmopolite chez Stock.


Un livre qui est une chronique du temps qui passe sur une maison de vacances située sur une île au large de l’Ecosse.

Dans la première partie, la plus conséquente qui est intitulée « La Fenêtre », la maison est habitée par beaucoup de résidents où on reconnait facilement les nombreux parents de Virginia et leurs amis qui comme Henry James les visitait pendant les vacances à Saint Yves. Toute cette partie est irradiée par la grâce de Mrs Ramsay qui est animéee du même rayonnement qui émanait de Julia Stephen la mère de Virginia.

Dans la deuxième partie, très courte, « Le Temps passe » Mrs Ramsay n’est plus là, partie trop tôt comme la mère de Virginia, la guerre est passée par là, la maison est à l’abandon, livrée à la force de la nature.

Et enfin dans la troisième et dernière partie intitulée « Le Phare » On retrouve Mr Ramsay, le père toujours aussi admirable et insupportable avec son égoïsme supérieur et son inaltérable besoin d’être aimé et reconnu.

La Promenade au Phare, pour reprendre le titre de la traduction initiale (ma préférée, même si la dernière est très bien !) est à la fois le roman le plus autobiographique de Virginia Woolf, celui qui lui a apporté le plus grand succès et qui a été couronné par le prix Femina en 1928, et aussi son préféré. Elle le considérait comme le meilleur de ses livres, plus cohérent que La Chambre de Jacob et moins superficiel que Mrs Dalloway.

Cette Promenade dans le temps jusqu’au Phare, avec sa décomposition temporelle et la dépersonnalisation du personnage principal Mrs Ramsay qui apparait parfois comme une sorte de médium révélant les grands thèmes de l’œuvre Woolfienne : la vie, l’amour, le chaos, la fuite du temps, l’absence et la mort, est une œuvre majeure qui annonce les futures créations de Virginia et notamment « Les Vagues »



Pour finir je dirai juste un mot des éditions anglaises qui, même en format de poche, sont très soignées et fort peu couteuses. Par exemple l’édition de 1996 de To the Lighthouse dans la collection Popular Classics de Penguin Books qui reprend la version intégrale du texte de 1927 est illustrée par la reproduction d’un très joli tableau de Dame Laura Knight qui a pour titre : Evening on the Beach


Vendredi 23 octobre 2009

lundi 6 juillet 2009

Virginia Woolf – Qui êtes-vous ?


Couverture de l’édition française


Cet ouvrage de Phillys Rose, traduit de l’américain

par Thérésa de Cherisey est passionnant et original.

En effet Phillys Rose possède des connaissances

encyclopédiques sur Virginia Woolf et son époque

et son exposé est remarquablement clair et pédagogique.


Son point de vue est intéressant car pour elle l’étude

de l’œuvre de Virginia est inséparable de l’étude de sa vie.

Et il est vrai que l’éclairage psychologique apporté par

Phillys Rose permet de beaucoup mieux appréhender

la globalité de l’œuvre de Virginia Woolf.


Il s’agit d’un livre paru en 1977 aux Etats Unis, la version

française en format de poche sera publiée en 1987 par

l’éditeur lyonnais « la manufacture »



Cette biographie est moins connue que les grands classiques

écrits en France par Monique Nathan, Béatrice Mousli,

Claudine Jardin ou Viviane Forrester ou bien en Angleterre

par Quentin Bell, Nigel Nicolson, Hermione Lee ou Jane Dunn.


Elle est cependant extrêmement enrichissante et complète

notamment par le choix des thèmes traités :

- Saint Yves et Kensington ;

- Lytton Strachey et Leonard Woolf ;

- L’amour des femmes ;

- Vita Sackville-West et l’androgynie ;

- Une vie sans avenir, etc.



Phillys Rose consacre également un chapitre

à chacun des ouvrages les plus importants de

l’écrivaine anglaise.

Elle considère que « La Promenade au phare

est le roman le plus franchement autobiographique

de Virginia qui se mettant à écrire sur ses parents

et sur son passé, se trouve inévitablement confrontée

à la question centrale et angoissante de sa vie :


peut-on être à la fois une femme, telle que les femmes

ont été culturellement définies, et une artiste ? »




A ma connaissance, l’édition de 1987 est épuisée depuis

longtemps, mais on peut encore trouver des exemplaires

en excellent état sur différents sites de livres d’occasion,

à un prix très raisonnable.


C’est un livre qui m’a enchanté et que je recommande

à tous les Woolfistes débutants ou chevronnés…



Lundi 6 juillet 2009