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jeudi 8 juillet 2010

Orlando


Couverture de l’édition argentine de 1937


Après La Promenade au Phare publié en 1927 par la Hogarth Press, Virginia Woolf se sentait très fatiguée aussi Orlando intervient comme un intermède récréatif à la fin de cette même année 1927.
Le point de départ du livre qui est une sorte de conte gothique est l’amour que porte Virginia
à Vita Sackville West. Virginia s’est notamment inspiré de l’épisode où Vita travestie en homme emmenait à l’hôtel son amie intime Violet Trefusis. Ce roman que Virginia entrepris comme un exercice de style en hommage à Vita eut finalement un certain succès car après sa parution, le 11 octobre 1928, il se vendit mieux que les trois (grandes) œuvres précédentes de la romancière.


Un livre qui comme les précédents, est largement inspiré de la vie de Virginia, même si là ce sont les relations de l’écrivain et non plus l’entourage familial qui alimentent les portraits. Comme le rappelle Diane de Margerie dans sa préface à l’édition française de 1974 : « Nigel Nicholson (le fils de Vita) n’a pas tort d’appeler Orlando une lettre d’amour à Vita, et Quentin Bell (le neveu de Virginia) avait déjà insisté sur l’intérêt biographique de cette œuvre. »



- La 1ère traduction en français d’Orlando par Charles Mauron sera éditée par Stock en 1929, puis rééditée en 1983, 1990 et 1992. Cette même traduction sera reprise dans le 2ème tome de L’œuvre romanesque publiée par Stock en 1974, avec une remarquable préface de Diane de Margerie.

- La deuxième traduction d’Orlando sera l’œuvre de Catherine Pappo-Musard en 1993 pour le recueil « Romans & Nouvelles » publié dans la collection Pochothèque du Livre de Poche, avec une préface de Pierre Nordon


Un livre qui raconte l’histoire épique du Chevalier Orlando qui traverse les siècles sans vieillir et qui à mi-parcours devient une femme.

Alors que Diane de Margerie insiste beaucoup sur le dilemme identitaire que connaissait la romancière et décrit Orlando pratiquement comme une thèse sur l’androgynie, Pierre Nordon
semble plutôt considérer que c’est plutôt une farce, ce que semble confirmer les propres écrits de Virginia qui regrettait même d’y avoir passé trop de temps.

Personnellement, j’ai un peu de mal avec Orlando, comme d’ailleurs avec les contes gothiques de Karen Blixen. Et puis je trouve que Orlando qui , à l’image de son modèle Vita Sackville West, devrait être un grand amoureux à la sensualité affirmée et dévorant la vie avec passion est une vraie nouille, froid comme un hérisson polaire et pour tout dire complètement asexué.

En fait je trouve qu’Orlando au lieu d’être androgyne est plutôt privé de sexe, comme la plupart des personnages de Virginia qui elle-même n’a pas vécu une grande sexualité.

En dehors de l’aspect divertissant, je considère Orlando comme une curiosité intéressante d’un point de vie bibliographique dans ce sens qu’il illustre la grande capacité de Virginia Woolf à maitriser tous les aspects de l’écriture sans jamais oublier de poser quelques questions fondamentales comme celle de la coexistence de caractères féminins et masculins chez chacun d’entre nous…

Vendredi 9 juillet 2010

jeudi 13 mai 2010

L’œuvre romanesque - vol 2



L’œuvre romanesque publiée par Stock n’est plus disponible

depuis longtemps chez l’éditeur. On peut la trouver sur les sites

Internet, dans les librairies spécialisées dans les livres anciens

ou chez les vendeurs de livres d’occasion. Je crois même que j’ai

trouvé un des volumes au Marché aux Puces de Saint Ouen.

Le premier des trois volumes est le plus facile à trouver, par contre

souvent les jaquettes sont abimées ou manquantes.


J’aime bien mon volume 2 qui a été personnalisé par un certain John.

Sur la jaquette, il a inscrit « To Marie Lou » et sur la page de garde :

« Pour Marie - Lou -

Ses isles

les vagues

les actes

les autres

le vent - viendra

John

noël 1974 »



Je trouve que c’est très émouvant de retrouver ces deux volumes

ainsi offerts et dédicacés, il y a trente ans, par un Anglais à une

Française qui a d’ailleurs oubliée une lime à ongle cartonnée,

de couleur jaune, à la page 61…


Le deuxième volume édité en 1974, commence, comme le premier,

par une remarquable préface de Diane de Margerie. Il comprend

les trois romans qui ont suivi « La promenade au phare »

A savoir : Orlando, préface de Diane de Margerie et traduction

de Charles Mauron ;

Les vagues : préface et traduction de Marguerite Yourcenar ;

Entre les actes : préface de Max-Pol Fouchet et traduction

de Charles Cestre.


Ce volume initial de l’œuvre romanesque m’a donc permis de

découvrir la première traduction d’Orlando, par Charles Mauron

publiée chez Stock en 1929, 1983, 1990 et finalement en 1992

dans la collection « La Cosmopolite ».


Ensuite viendra la nouvelle version de Catherine Pappo-Musard,

avec une préface de Pierre Nordon pour le recueil édité en 1993

dans la collection Pochothèque et qui sera reprise ensuite dans

les différentes éditions d’Orlando en Livre de Poche.


Comme d’habitude, c’est avec la traduction initiale, de C. Mauron

que j’ai pris le plus de plaisir.


La préface de Diane de Margerie - dont j’ai découvert par hasard

qu’elle était également une grande spécialiste de Proust – est un

tel régal que je ne peux m’empêcher d’en donner un extrait ;

- Diane de Margerie commence par citer Virginia Woolf :

« Une biographie est considérée comme complète lorsqu’elle rend

compte simplement de cinq ou six Moi, alors qu’un être humain peut

en avoir cinq ou six mille. »


- Puis elle conclut :

« C’est bien là une constatation de Virginia, pour qui toute réalité

est insaisissable et peut-être surtout celle qu’elle aurait voulu, plus

que toute autre, pouvoir capter – la réalité féminine. »




Vendredi 14 mai 2010

samedi 24 octobre 2009

La Promenade au phare



Couverture de l’édition de 2009

Après La Chambre de Jacob en 1922, puis Mrs Dalloway en 1925, La Promenade au Phare publié en 1927 par la Hogarth Press, complète magnifiquement la trilogie magique des romans « modernistes » de Virginia Woolf.
C’est celui qui a reçu l’accueil le plus triomphal de la part de la critique anglaise et américaine. Il sera également plébiscité par les lecteurs puisque les ventes de la première année dépasseront le total atteint par La Chambre de Jacob et Mrs Dalloway.


Un livre qui comme les précédents, ne s’embarrasse pas trop des conventions du genre romanesque et qui comme le souligne très judicieusement Françoise Pellan dans sa préface à l’édition française de 1996, emprunte « à l’art pictural le principe de sa composition, elle se présente sous la forme d’un triptyque. Le premier volet baigne dans la chaude lumière d’un soir de septembre, quelques années avant la guerre de 14-18. Le panneau central a la couleur des nuits de tempête zébrées d’éclairs. Le second volet doit sa lumière crue au soleil d’un matin d’été, juste après la guerre. »



- La 1ère traduction en français de To the Lighthouse par M. Lanoire sera éditée par Stock en 1929, sous le titre « La Promenade au phare » Cette même traduction sera reprise dans le 1er tome de L’œuvre romanesque publiée par Stock en 1973, avec une remarquable préface de Monique Nathan.
Cette même version avait fait l’objet en 1957 d’une édition limitée à 3300 exemplaires numérotés dans la collection Stock reliée. L’artiste Jeanne Pécheur a orné la reliure et les gardes des ses dessins (superbes !), d’un document photographique Roger Viollet et d’un portrait inédit de Virginia Woolf par Gisèle Freund. J’ai eu la chance de me procurer l’exemplaire n° 1593…

- La deuxième traduction de To the Lighthouse, sous le titre de « Voyage au Phare » sera l’œuvre de Magali Merle en 1993 pour le recueil « Romans & Nouvelles » publié dans la collection Pochothèque du Livre de Poche, avec une préface de Pierre Nordon

- La troisième traduction en français, sous le titre « Vers le Phare » sera l’œuvre de Françoise Pellan qui rédigera également la préface du livre publié en 1996, dans la collection Folio classique chez Gallimard.

- La toute dernière version de 2009, sous le titre « Au Phare » bénéficie d’une nouvelle traduction d’Anne Wicke, dans la merveilleuse collection La Cosmopolite chez Stock.


Un livre qui est une chronique du temps qui passe sur une maison de vacances située sur une île au large de l’Ecosse.

Dans la première partie, la plus conséquente qui est intitulée « La Fenêtre », la maison est habitée par beaucoup de résidents où on reconnait facilement les nombreux parents de Virginia et leurs amis qui comme Henry James les visitait pendant les vacances à Saint Yves. Toute cette partie est irradiée par la grâce de Mrs Ramsay qui est animéee du même rayonnement qui émanait de Julia Stephen la mère de Virginia.

Dans la deuxième partie, très courte, « Le Temps passe » Mrs Ramsay n’est plus là, partie trop tôt comme la mère de Virginia, la guerre est passée par là, la maison est à l’abandon, livrée à la force de la nature.

Et enfin dans la troisième et dernière partie intitulée « Le Phare » On retrouve Mr Ramsay, le père toujours aussi admirable et insupportable avec son égoïsme supérieur et son inaltérable besoin d’être aimé et reconnu.

La Promenade au Phare, pour reprendre le titre de la traduction initiale (ma préférée, même si la dernière est très bien !) est à la fois le roman le plus autobiographique de Virginia Woolf, celui qui lui a apporté le plus grand succès et qui a été couronné par le prix Femina en 1928, et aussi son préféré. Elle le considérait comme le meilleur de ses livres, plus cohérent que La Chambre de Jacob et moins superficiel que Mrs Dalloway.

Cette Promenade dans le temps jusqu’au Phare, avec sa décomposition temporelle et la dépersonnalisation du personnage principal Mrs Ramsay qui apparait parfois comme une sorte de médium révélant les grands thèmes de l’œuvre Woolfienne : la vie, l’amour, le chaos, la fuite du temps, l’absence et la mort, est une œuvre majeure qui annonce les futures créations de Virginia et notamment « Les Vagues »



Pour finir je dirai juste un mot des éditions anglaises qui, même en format de poche, sont très soignées et fort peu couteuses. Par exemple l’édition de 1996 de To the Lighthouse dans la collection Popular Classics de Penguin Books qui reprend la version intégrale du texte de 1927 est illustrée par la reproduction d’un très joli tableau de Dame Laura Knight qui a pour titre : Evening on the Beach


Vendredi 23 octobre 2009

dimanche 29 mars 2009

Mrs Dalloway

« Je suis très, très contente que le livre en thaï te plaise...
Oui, bien sûr je peux te dire le nom de l'éditeur et de traducteur. Ce livre est publié pour la première fois l'année dernière ; l'éditeur s'appelle "Kombang" et le traducteur s'appelle "Dolasit Bang-kom-bang". » Apinya.


Un livre qui est la merveille des merveilles.
Ecrit en continu sans chapitre ni séparation, comme une phrase unique, comme la vie qui ne s’arrête jamais.

Un livre conçu en automne 1920, alors que l’écriture de la Chambre de Jacob commence, qu’elle finira à la fin de l’année 1924 et qui sera publié par la Hogarth Press au début de 1925.


- La 1ère traduction en français de Mrs Dalloway par S. David sera éditée par Stock en 1929, avec une préface d’André Maurois. Elle sera éditée en 1956, dans Le Livre de Poche, avec en couverture un joli dessin en couleur d’un carrefour de Londres. Cette même version sera reprise en 1973, dans le 1er volume de L’œuvre romanesque et sera réédité par Le Livre de Poche en 1982.

- La deuxième traduction en français sera l’œuvre de Pascale Michon en 1993 pour le recueil « Romans & Nouvelles » publié dans la collection Pochothèque du Livre de Poche, avec une préface de Pierre Nordon

- La dernière version de 1994 bénéficie d’une nouvelle traduction par Marie-Claire Pasquier et d’une longue préface de Bernard Brugière, dans la collection Folio chez Gallimard.


Un livre qui est celui d’une journée d’été à Londres, en juin 1933 qui commence avec Clarissa Dalloway, le principal protagoniste et le fil rouge du récit et qui se finit avec la grande soirée mondaine qu’elle donne chez elle.

Pendant cette journée, nous suivons dans les rues de Londres des personnages proches de Mrs Dalloway, son mari Richard, puis sa fille Elisabeth, puis Peter Walsh, éperdument amoureux de Clarissa en 1890 qui revient des Indes.

Il y a aussi quelques relations mondaines et puis un des personnages importants qui arrive là comme un homme vert débarquant de Mars, c’est Septimus Warren Smith qui incarne la poésie pure qui sombre dans la folie.


Pourquoi aime-t-on autant Clarissa Dalloway ? Surement parce qu’elle est très femme : belle, subtile, élégante avec une prescience de l’instant. Une femme très sensible qui a préféré la sécurité auprès de Richard Dalloway plutôt que l’aventurier Peter Walsh son grand amour qui la fait encore frissonner vingt ans après.

Mrs Dalloway c’est un peu le livre de Virginia, où on trouve beaucoup d’elle, des gens, des lieux et des situations qu’elle a connus. On retrouve aussi des personnages comme si le livre était un album de famille, de vie.

Ainsi Septimus Warren Smith et sa charmante épouse Rezia habitent le quartier de Bloomsbury, là où se trouve l’hôtel de Peter Walsh. C’est dans ce même quartier de Bloomsbury que Léonard et Virginia Woolf se sont installés en 1923, au 52 Tavistock Square.

De même Mrs Durrant et Clara, la mère et la fille, sont directement issues de « La Chambre de Jacob » où Clara était le grand amour romantique de Jacob…

Et puis il y a Sally, l’espiègle et originale ancienne grande amie de Clarissa qui m’évoque le personnage de Lily la jeune femme peintre de « To the Lighthouse” Et puis Virginia connaissait déjà Vita Sackville-West, même si leur liaison amoureuse ne commencera vraiment qu’en décembre 1925.


En relisant Mrs Dalloway dans la traduction initiale que je préfère, j’ai redécouvert des éléments plein de charmes. Ainsi Clarissa Dalloway qui a des traits communs avec Virginia mais qui ressemblait à une amie de sa mère,
« avait de jolies mains, de jolis pieds et elle s’habillait bien »

Un peu plus loin, Septimus Warren Smith entend un couple de moineaux :
« et ils chantèrent en mots grecs, avec des voix insistantes et perçantes, perchés sur des arbres, de l’autre côté de la rivière, dans la prairie de la vie, où marchent les morts, qu’il n’y a pas de mort. »

Passage extraordinaire de représentation de la maladie de Virginia qui entendait le chant des oiseaux en grec, de la vie et de la mort, des prairies où elle aimait se promener et de la rivière où elle choisit de quitter la vie…


La promenade de Septimus et de Rezia à Regent’s Park génère des nuages de poésie. Et tandis que sa femme essaye désespérément d’attirer son attention, Septimus entend une voix :

« - Regarde ! ordonnait l’invisible, la voix qui maintenant communiquait avec lui ; lui, Septimus, le plus grand parmi les hommes, récemment passé de la vie à la mort, Seigneur venu pour renouveler le monde, étendu comme un manteau, comme un tapis de neige immaculé sous le soleil, souffrant un sacrifice jamais consommé, bouc émissaire, éternelle victime. Mais il ne voulait pas, gémit-il, éloignant d’un mouvement de la main cette souffrance éternelle, cette solitude éternelle.
- Regarde ! répéta-t-elle, car il ne devait pas parler tout seul quand il était dehors.
- Oh ! Regarde ! implora-t-elle. Mais qu’y avait-il à regarder ? Quelques moutons. C’était tout. »



Clarissa comme Virginia souffre de sa frigidité avec les hommes, avec son mari. Elle s’interroge sur son attirance pour le charme de certaines femmes :
« Mais l’amour (pensait-elle, en ôtant son manteau), l’amour entre femmes. Voilà, par exemple, Sally Seton ; ses rapports autrefois avec Sally Seton. N’était-ce pas de l’amour, après tout ? »


C’est finalement très difficile de parler de ce livre qui est un enchantement, un fait magique. C’est la musique de l’âme. Pour moi c’est l’esprit de Virginia son talent et son amour des mots qui nous sont livrés en quelques cent cinquante pages.

La dernière page du livre, se confond avec les derniers instants de la soirée. Les deux êtres que Clarissa a aimés sont là, Sally et Peter ont attendu ensemble que Clarissa revienne les voir.

Sally se lève pour aller prendre congé de Richard Dalloway.

« Je viens, dit Peter, mais il resta encore un peu.
Quelle est cette crainte ? se demandait-il. Ce ravissement ? C’est Clarissa, dit-il.
Elle était là. »


Pour finir je dirai juste un mot des éditions anglaises qui, même en format de poche, sont très soignées et fort peu couteuses. Par exemple l’édition 2000 de Mrs Dalloway dans la collection Modern Classics de Penguin Books comprend un plan de Londres des années 20, une longue introduction d’Elaine Showalter de Princeton University, une bibliographie, une présentation de Stella McNichol, des notes en fin de volume et un appendice présentant les corrections apportées aux éditions de 1925 et de 1947.

Dimanche 29 mars 2009

dimanche 8 mars 2009

L’œuvre romanesque - vol 1


Alors qu’il y a eu une importante quantité de biographies

et d’essais inspirés par Virginia Woolf sans compter les

différentes éditions, extractions ou compilations réalisées

à partir des ses journaux, bizarrement les tentatives visant

à réunir ses « œuvres complètes » sont extrêmement rares

pour un écrivain d’une telle stature.


En effet il y a eu la superbe édition chez Stock, entre 1973

et 1979, de L’œuvre romanesque de Virginia Woolf en trois

beaux volumes avec une couverture entoilée et une jaquette

en papier glacé joliment illustrée par des portraits de l’artiste.

Vingt ans plus tard, donc en 1993 Le Livre de Poche publiera

dans la collection Pochothèque les « Romans & Nouvelles »

de Virginia Woolf en reprenant les six derniers romans et une

sélection d’une vingtaine de nouvelles.

Et puis… C’est tout !

C’est effectivement bien peu pour un auteur majeur même si

on peut se consoler en sachant que l’édition des œuvres

complètes est en préparation chez Gallimard dans la prestigieuse

« Bibliothèque de la Pléiade »



L’œuvre romanesque publiée par Stock n’est plus disponible

depuis longtemps chez l’éditeur. On peut la trouver sur les sites

Internet ou dans les librairies spécialisées, je crois même que j’ai

trouvé un des volumes au Marché aux Puces de Saint Ouen.

Le premier volume est le plus facile à trouver, par contre souvent

les jaquettes sont abimées ou manquantes.


J’aime bien mon volume 1 qui a été personnalisé par un certain John.

Sur la jaquette, il a inscrit « I love Marie Lou »
et sur la page de garde :

« For Marie Lou –

un monde –

Son monde ?

des mondes

démons ?

John

noël 1974 »

Je trouve que c’est émouvant.


Le premier volume édité en 1973, commence par une remarquable

préface de Diane de Margerie. Il comprend les trois romans qui ont

suivi « The Voyage out » et « Nuit et jour ».

A savoir : La chambre de Jacob, traduction de Jean Talva ;

Mrs Dalloway : préface d’André Maurois et traduction de S. David ;

La promenade au phare, préface de Monique Nathan et traduction

de Maurice Lanoire.


Ce volume initial de l’œuvre romanesque m’a donc permis de

découvrir une troisième traduction de la Chambre de Jacob après

celle de Magali Merle pour l’édition de poche en 1993 et la toute

récente version d’Agnès Desarthe pour la réédition en 2008 dans

la collection « La Cosmopolite ».

Cette dernière apportait une touche de modernité et une sorte

de fluidité qui rendait la lecture plus agréable. Cependant, c’est

avec la traduction de Jean Talva que j’ai pris le plus de plaisir.

Je trouve que le texte a plus de puissance et que l’emploi

de tournures anciennes et d’expressions désuètes permet

de se rapprocher du texte écrit par Virginia Woolf et de

l’ambiance lexicale et linguistique du début des années Vingt.

Trois romans de Virginia dans un seul très joli livre,

c’est trois fois plus de bonheur !


Dimanche 8 mars 2009

mercredi 17 décembre 2008

Nuit et jour





Virginia Woolf commença l'écriture, comme activité professionnelle,

en 1905, initialement pour le supplément littéraire du Times.

En 1912, elle épouse Leonard Woolf, fonctionnaire et théoricien

politique.

Son premier roman, The Voyage Out, est publié en 1915.


Night and day est le deuxième roman de Virginia Woolf.

Elle le termine en 1918 et écrit une nouvelle "Kew Gardens".

En juin 1919, Virginia a 37 ans. A la suite d'une banale dispute

avec sa sœur Vanessa, elle achète sur le champ une maison

près d'Asheham qui représentait une dépense inconsidérée

et irréfléchie, sans prendre l'avis de son mari, maison

qu'ils n'occupèrent jamais.


A la fin de l'année son ouvrage "Nuit et Jour" reçoit de la critique

un accueil élogieux. Seule Katherine Mansfield manifeste

dans un article perfide une opinion particulièrement défavorable

qu'elle rétractera verbalement un peu plus tard.



Curieusement Nuit et jour qui rappelle fortement Jane Austen

est de facture beaucoup plus classique que son premier roman

« La Traversée des apparences ». On peut penser qu’il s’agit

également d’une autobiographie déguisée, tant l'atmosphère

et les personnages évoquent la propre condition de l'auteur.



Roman des passions tout autant que des réticences,

il pose les questions que peuvent faire naître l'amour,

celle de l'égalité des sexes ou de la solitude.



Sur fond de prise de conscience féminine dans l'Angleterre

du début du siècle où les femmes n’ont pas encore le droit de vote,

l’histoire met en scène quatre personnages principaux,

la belle Katherine, le dominateur William, l’indépendante Mary

et Ralph l’idéaliste, qui affrontent des questions difficiles comme

le refus chez la femme, d’être prisonnière d’un carcan social ou

la nécessité d’un échange spirituel égal entre les sexes.



Katherine ne croit pas en l'amour, ni même en la passion.

Pourtant, comme Virginia, elle finira malgré tout par se fiancer

à un jeune homme pour lequel elle n'éprouve guère de sentiments.



Comme les œuvres de Jane Austen, Nuit et jour est d’une lecture

aisée et les hésitations et les questionnements perpétuels

des personnages m’ont fortement rappelé le « dédale » Proustien !


A ma connaissance, il n’existe que deux versions françaises

de Night and day :

- La première édition française date de 1933, par les

Éditions du siècle, Collection : Les Maîtres Etrangers.

Je ne connais pas le traducteur.



- La deuxième édition, achevé d'imprimer le 4 décembre 1984

a été publiée en 1985 par Flammarion dans la collection

Lettres étrangères, avec une traduction de Catherine Naveau.



A ma connaissance, la dernière réédition date du 08/01/1992

et aujourd’hui, le titre est définitivement indisponible.

Quelques exemplaires des deux versions sont en vente sur Internet

et dans les librairies spécialisées, mais ils sont rares

et donc relativement onéreux.



De toute façon il sera nécessairement réédité un jour,

car Nuit et jour, c’est mieux que du chocolat,

ce sont 408 pages de plaisir purement Woolfien !


Mercredi 17 décembre 2008

samedi 1 novembre 2008

La chambre de Jacob

Couverture de la nouvelle édition parue en février 2008


Je viens de relire La chambre de Jacob,

dans sa magnifique édition 2008 de la collection

« La Cosmopolite » aux éditions Stock.


Ce sont 280 pages de bonheur tant l’écriture de Virginia

est un enchantement, une sorte d’envoutement poétique

et pourtant le thème principal du livre est

fondamentalement dramatique : l’absence.


Virginia évoque la mort sans en parler.

la Première Guerre mondiale constitue la toile de fond

tragique d’une recherche, d’une reconstitution désespérée.

Une mère survivante et son fils qui est parti.


Virginia avait été sérieusement ébranlée

par la perte soudaine de Thoby, son jeune frère,

mort très jeune, en 1906, d’une typhoïde.

C’est ce manque là qu’elle exprime,

qu’elle montre à travers les larmes silencieuses

de Betty Flanders.


La chambre de Jacob est marquée du chiffre Trois.


C’est le troisième roman de Virginia Woolf,

après The Voyage out et Nuit et jour.


Elle le publiera en 1922, trois ans après Night and day

en 1919 et trois ans avant Mrs Dalloway qui sortira

en 1925.


Et enfin, à ma connaissance, c’est le seul roman

de Mrs Woolf qui a eu l’honneur de

trois traductions différentes en français :


L’édition de 1942 chez Stock était une traduction

de Jean Talva.

C’est la version qui figure dans le premier tome de

L’Œuvre Romanesque édité par Stock, en 1973,

avec une présentation de Max-Pol Fouchet

et une préface de Diane de Margerie.


C’est Magali Merle qui avait traduit l’édition de 1993

par la Librairie Générale Française.

Cette deuxième traduction a fait l’objet d’une réédition

en 2005 dans la collection « biblio » du Livre de Poche,

avec en couverture un très beau tableau d’Harry Watson

intitulé :

« Homme assis sur un rocher et fumant la pipe »


Et c’est Agnès Desarthe, une éminente spécialiste

Woolfienne qui a traduit l’édition de 2008 chez Stock.


La chambre de Jacob est une œuvre étrange,

comme une inspiration surréaliste

interprétée par un pinceau impressionniste.

C’est un récit, une situation qui est d’une délicatesse

exceptionnelle comme si la plume de Virginia

en les effleurant n’avait fait que caresser les feuilles.



Cet ouvrage, publié en 1922 comme l’Ulysse de Joyce,

est le premier grand roman expérimental de Virginia Woolf,

notamment par le morcèlement du récit et par une

composition extrêmement novatrice.


Encore !


Dimanche 19 octobre 2008

mercredi 29 octobre 2008

The Voyage out


Cover of the first edition of Virginia Woolf's The Voyage Out,
Duckworth & Co., London, 1915.


Il s’agit d’un roman unique dans l’œuvre de Virginia,

pour plein de raisons :


1° Elle a travaillé dessus pendant très longtemps.

Plus de douze années, de 1908 à 1920,

et onze versions différentes dont Melymbrosia (1912).


2° Pour les amoureux officiels de Madame Woolf,

c’est son premier livre, en tout cas le premier

qui sera publié en 1915 en Angleterre.


3° C’est un de mes trois livres préférés avec

Mrs Dalloway et To the Lighthouse.


4° D’après les spécialistes (nombreux)

The Voyage out est le seul roman

que Virginia a écrit au fil des mots

sans idée bien définie du résultat attendu.

C’est également le seul qu’elle a écrit

en sollicitant régulièrement l’avis de ses amis

pendant la période d’écriture.


5° C’est un livre dont le titre est une merveille,

malheureusement intraduisible : le voyage hors de

ou le voyage dehors ou…


6° C’est à ma connaissance, le seul livre

publié de son vivant qu’elle n’a pas édité elle-même

à la Hogarth Press.

En effet, The Voyage out sera publié au Royaume-Uni en 1915

par son demi-frère l'éditeur Gerald Duckworth,

celui-là même qui l’avait violé lorsqu’elle avait six ans.

Le livre sera ensuite édité aux États-Unis, par Doran, en 1920.


7° La naissance de Mrs Dalloway.

Dans The Voyage out, on voit apparaître Clarissa Dalloway,

qui sera par la suite le personnage central du roman Mrs Dalloway.


8° Dite 33

Virginia avait 33 ans en 1915 lorsque fut édité son premier roman.

Il faudra encore attendre 33 ans pour qu’il soit publié en France,

en 1948, sept années après le décès de l’écrivaine.


9° C’est un roman qui possède deux versions concurrentes
en langue française :

- La Traversée des apparences.
C’est la traduction de Ludmila Savitzky, publiée en 1948 aux éditions « Le cahier gris » avec une préface de Max-Pol Fouchet.
Cette version fut rééditée en 1982, puis en 1985 chez Flammarion, avec cette fois-ci une préface de Viviane Forrester. Cette version est toujours disponible en format de poche.

- Croisière.
C’est la traduction d’Armel Guerne chez Robert Marin, parue en 1952 qui est aujourd’hui épuisée et dont on peut encore trouver des exemplaires d’occasion en bon état.
Pour une raison que j’ignore, peut être éditoriale, cette deuxième version est relativement ignorée par les Woolfistes officiels…


10° C’est un magnifique roman, de facture classique mais très
anglais et déjà très Woolfien avec des thèmes chers à Virginia :

la satire sociale, le personnage central est une femme

(Rachel Vinrace), la mer, l’introspection et la découverte de soi,

le voyage et la mort.



Jeudi 2 octobre 2008

vendredi 24 octobre 2008

Melymbrosia




L’écriture de The Voyage Out

s’étend de 1908 à 1920

avec une première publication en Angleterre en 1915.

La première des onze versions successives

date de 1908 et il n’en reste presque rien.

La deuxième version est entièrement perdue

mais la troisième élaborée de 1910 à 1912

sera publiée à New York en 1982

sous le titre de Melymbrosia.


Virginia Woolf avait donc 30 ans lorsqu’elle acheva

cette version dont l’original est détenu par la

Berg Collection of English and American Littérature

de la New York Public Library.

Curieusement, ce livre qui est d’une certaine façon

le premier livre écrit par Virginia est le dernier

que je me suis procuré. *



Il faut dire que de ce coté de l’Atlantique,

on ne parle guère de Melymbrosia,

qui à ma connaissance, n’a jamais été

traduit en Français.

Ce qui est curieux car « Le livre sans nom »

qui est une sorte d’esquisse du roman « Années »

a été traduit en français et quand on est arrivé au bout,

de ces « Pargiter » là, on se demande

si c’était vraiment indispensable…



Pour en revenir à Melymbrosia, il semble


qu’on trouve partout la même version

américaine éditée par Cleis Press,

établie et préfacée par Louise DeSalvo.

En fait comme un certain nombre de pages sont manquantes,

et pour respecter la cohérence du récit, les vides ont été comblés

en faisant appel aux versions ultérieures du Voyage Out.



C’est un beau volume de 350 pages qui coute environ 25$.

Sur un site de livres d’occasion, il est possible de se procurer

un exemplaire de 2002 (à 16,95 $) en état neuf, vendu 1$ plus
9 € de frais de port.


Pour Associated Press, Melymbrosia est : « a remarkably fresh read “

pour Library Journal : “The earliest work of one of the great writers
of the 20th century”


Virginia tu es la meilleure !


* Pendant longtemps j’ai cru qu’il s’agissait d’une petite nouvelle sans importance… Je m’étais laissé abuser par le titre : Melymbrosia, a novel by Virginia Woolf !!! Bien sûr mes chères Watsonnes, en anglais a novel c’est un roman et a short story c’est une nouvelle…

Mardi 30 septembre 2008