vendredi 17 octobre 2014

Virginia Woolf – Colloque de Cerisy


Couverture de Pierre Bernard – Photo Roger Viollet

Cet ouvrage est la retranscription des actes du colloque qui s’est tenu au Centre Culturel international de Cerisy-La-Salle, dans la Manche, du 20 au 30 août 1974, sur le thème :
VIRGINIA WOOLF ET LE GROUPE DE BLOOMSBURY

Les débats animés par Jean Guiguet sont nourris de communications de Peter Fawcett, David Garnett, Gabriel Merle ou encore Marie-Paule Vigne, et parmi les nombreux participants, on peut citer Viviane Forrester, Hermione Lee, Clara Malraux et Françoise Pellan.

Il s’agit d’un livre publié par l’Union Générale d’Editions, au 2ème trimestre 1977,  dans la collection 10-18. A ma connaissance, c’est la seule édition qui existe de ce Colloque de Cerisy.

Dans son Introduction Jean Guiguet relève l’intérêt croissant que suscite l’œuvre de Virginia Woolf, non seulement dans les milieux universitaires mais aussi et surtout dans le grand public. Ainsi les tirages de « To the Lighthouse » atteignirent seulement 11 673 exemplaires pour les trois années qui suivirent sa publication en 1927 alors que de 1965 à 1967,
152 913 exemplaires furent édités…

Il ne faut pas oublier que dans les années 20, les livres se vendaient par milliers et non par centaines de mille comme aujourd’hui. Par exemple la Chambre de Jacob s’est vendue à 1 413 exemplaires la première année en
Angleterre et Mrs Dalloway à 2 236 exemplaires…


Jean Guiguet, oppose Bloomsbury à la Nouvelle Revue Française animée par Jean Paulhan. Pour lui, le groupe de Bloomsbury, n‘existe pas en tant que force politique ou mouvement philosophique structuré, c’est simplement un cercle d’amis qui échangent des idées…

En plus des communications documentées et intéressantes, les débats sont éclairés par les anecdotes ou les faits historiques rapportés, comme lorsque Clara Malraux évoque sa rencontre avec Virginia qui participait assidument au Congrès des Ecrivains à Londres, en 1936, en compagnie de Léonard Woolf et d’Etienne Forster.

Ce qui est frappant pour le lecteur d’aujourd’hui c’est de constater que les grands spécialistes de Virginia Woolf des années 1970, et Jean Guiguet le précurseur était un des plus éminents, connaissaient très peu de choses sur elle. Ils ne disposaient pas encore de l’intégralité du journal de Virginia ni de sa correspondance notamment avec Vita Sackville West ... Leur principale source d’informations sur Virginia était la biographie 
écrite par son neveu Quentin Bell qu’ils considéraient tous comme le Messie…  Et dont ils avaient impatiemment attendu la parution  du 1er tome en 1972, la version française sera éditée par Stock en septembre 1973.

Dans sa communication, Peter Fawcett insiste sur la grande attirance du groupe de Bloomsbury pour la France. Tous issus de la grande bourgeoisie et des bancs de Cambridge, ils connaissaient parfaitement la littérature française, classique et moderne et montraient un grand attachement pour la France que d’aucuns comme Clive Bell ou Roger Fry considéraient comme leur seconde patrie. Lytton Strachey faisait autorité pour la littérature française des 17ème et 18ème siècles et les membres du groupe qui considéraient André Gide comme un des leurs s’étaient 
enthousiasmé pour A la recherche du temps perdu. Virginia écrira en octobre 1922 à Roger Fry : « Ma grande aventure est en vérité Proust. Or, qu’est-ce qui reste à écrire après cela ? »

Ensuite, un autre écrivain anglais, David Daiches, livre une étude originale de l’œuvre de Virginia Woolf, sous l’angle topographique. Il montre ainsi l’imbrication étroite de la ville de Londres avec la construction romanesque de Mrs Dalloway. Virginia qui n’hésitait pas à se définir comme une
 intellectuelle qui habite à Bloomsbury, avait un sens aigu de l’atmosphère sociale et culturelle des différents quartiers de Londres.

C’est un livre intéressant par la variété des intervenants et la qualité des recherches menées sur l’œuvre de Virginia Woolf que je recommande aux Woolfistes chevronnés…



Vendredi 17 octobre 2014

lundi 15 septembre 2014

Elles


                                       Couverture de l’édition imprimée en août 2012


Elles est un sympathique petit ouvrage publié en septembre 2012
par Rivages poche dans la collection Petite Bibliothèque. Il s’agit
d’une collection de portraits de femmes réalisés sous forme de
courts essais par Virginia Woolf au fil des années et des articles
qu’elle écrivait.

Les six textes présentés dans ce recueil sont :
- Les lettres de Dorothy Osborne ;
- Mary Wollstonecraft ;
- Dorothy Wordsworth ;
- Geraldine et Jane ;
- Sara Coleridge ;
- Madame de Sévigné.

Virginia avait déjà rassemblé les quatre premiers essais dans The
Common Reader : Second Series, paru en 1932 et publié en français
en 2008, aux éditions L’Arche, sous le titre Comment lire un livre ?

- Les lettres de Dorothy Osborne reprend l’article de Virginia : Letters
of Dorothy Osborne to William Temple paru en octobre 1928 dans le
New Republic puis dans le Times Literary Supplement. Dorothy
Osborne est née en 1627 à Chicksands dans le Bedfordshire,
dans une grande famille noble. Après avoir refusé une longue série
de prétendants, Dorothy Osborne épousera en 1654 Sir William
Temple, l’homme qu’elle aimait depuis 1647 et qui lui fit une cour
clandestine de longue haleine et en grande partie épistolaire.  C'est
pour ses lettres à Temple, qui étaient pleines d'esprit, d’engagement
et de résistance à la pression sociale que le souvenir de Dorothy
Osborne est toujours vivace. 77 de ses lettres sont conservées à la
British Library.


- Mary Wollstonecraft : cet essai paru en octobre 1929 dans Nation &
Athenaeum puis dans le New York Herald Tribune.
Mary Wollstonecraft, née le 27 avril 1759 à Londres et morte le 10
septembre 1797, est une femme de lettres et une fameuse féministe
anglaise. Au cours de sa brève carrière, elle écrit des romans, des
traités, un récit de voyage, une histoire de la Révolution française et
un livre pour enfants. Elle est surtout connue pour l'ouvrage :
Défense des droits de la femme qui est un violent pamphlet contre la
société patriarcale de l’époque. Mary Wollstonecraft fut très attirée
par les idées de la Révolution française et sa vie sentimentale fut
relativement libre. Après différentes aventures, elle épousera le
philosophe William Godwin, un des fondateurs du mouvement
anarchiste. Elle mourra à l'âge de trente-huit ans, dix jours après la
naissance de sa deuxième fille qui deviendra célèbre sous le nom de
Mary Shelley.

- Dorothy Wordsworth ; cet essai paru en octobre 1929 dans Nation
& Athenaeum puis dans le New York Herald Tribune, une semaine
après l’essai consacré à Mary Wollstonecraft.
Dorothy Wordsworth  est née le 25 Décembre 1771 à Cockermouth,
dans le Cumberland en 1771. Elle était la sœur du poète William
Wordsworth et tous les deux furent inséparables toute leur vie.
Dorothy Wordsworth qui avait un grand sens de l’observation
naturaliste n'avait pas l’ambition d'être un auteur. Ses écrits se
composent d'une série de lettres, d’entrées de journal, de poèmes et
de nouvelles.

- Geraldine et Jane ; Cet essai reprend l’article de Virginia consacré
à Geraldine Endsor Jewsbury paru en février 1929 dans le Times
Literary Supplement puis dans la revue The Bookman à New York.
Geraldine Endsor Jewsbury est née en 1812 à Measham, dans le
Derbyshire. Férue de journalisme, Geraldine est surtout connue pour
ses romans populaires tels que Zoe : l'histoire de deux vies et ses
critiques pour le magazine littéraire Athenaeum.  Elle ne s’est jamais
mariée mais elle avait beaucoup d'amis et de connaissances. Elle a
entretenu une relation extrêmement étroite avec Jane Carlyle, une
remarquable épistolière et femme d’esprit mariée à l’essayiste
Thomas Carlyle. Geraldine se sentait très attirée par Jane et la
complexité de leur relation se reflète dans la correspondance de
Geraldine Endsor Jewsbury.

Les deux derniers textes de ce recueil ont été publiés à titre
posthume, en 1942, par la Hogarth Press dans le recueil The Death
of the Moth and Other Essays mais ils n’ont pas été repris dans
l’édition française « La mort de la phalène » en 1968. Ces deux
derniers essais sont donc inédits en français.

- Sara Coleridge ; L'essai sur Sara Coleridge, fut écrit en Septembre
1940, pendant les accalmies entre les vagues de bombardement
allemand sur le Sussex. Sara Coleridge, née le 23 Décembre
1802 à Keswick dans le Cumberland était traductrice et auteur de
contes.  Elle était surtout  la seule fille du poète Samuel Taylor
Coleridge et à ce titre elle consacra une partie de sa vie à la tâche
épuisante de l'édition des œuvres de son père. Sara Coleridge est
morte à Londres le 3 mai 1852. En hommage à Sara, sa fille
publiera en 1873, Mémoires et lettres de Sara Coleridge. 
Les lettres montrent un esprit cultivé et contiennent de nombreuses
critiques d’ouvrages et d’auteurs connus comme Wordsworth et les
poètes du lac.

- Madame de Sévigné : Marie de Rabutin-Chantal, épouse Sévigné,
dite la marquise de Sévigné, née le 5 février 1626 à Paris, est une
femme de lettres, célébrée en son temps comme femme
d'esprit mais non comme épistolière hors du commun, c'est dans
sa correspondance avec sa fille que Madame de Sévigné offre
l'exemple d'une œuvre involontaire : l'important pour elle était de
rester en relation avec sa fille vivant en Provence.
La correspondance de Mme de Sévigné avec sa fille, Françoise-
Marguerite de Sévigné, comtesse de Grignan, s’effectua à peu près
pendant vingt-cinq ans au rythme de deux ou trois lettres par semaine.
Les lettres de Mme de Sévigné firent  l’objet d’éditions successives
en 1725, en 1734, puis en 1754. On connait aujourd’hui 1 120
lettres de Madame de Sévigné mais certaines ont été remaniées
ultérieurement et d’autres détruites…


Virginia Woolf dresse un portrait très amical et compréhensif de ces
femmes qui ont eu le courage de s’engager dans la vie et dans les
mots. Elle parle notamment avec beaucoup de chaleur de
l’enthousiasme inaltérable de Geraldine Endsor Jewsbury qui semble
la plus éloignée des hauteurs de Virginia mais dont elle fait revivre
les passions avec la juste couleur de l’émotion.

Merci Virginia, c’est un régal !


Samedi 13 septembre 2014

jeudi 8 juillet 2010

Orlando


Couverture de l’édition argentine de 1937


Après La Promenade au Phare publié en 1927 par la Hogarth Press, Virginia Woolf se sentait très fatiguée aussi Orlando intervient comme un intermède récréatif à la fin de cette même année 1927.
Le point de départ du livre qui est une sorte de conte gothique est l’amour que porte Virginia
à Vita Sackville West. Virginia s’est notamment inspiré de l’épisode où Vita travestie en homme emmenait à l’hôtel son amie intime Violet Trefusis. Ce roman que Virginia entrepris comme un exercice de style en hommage à Vita eut finalement un certain succès car après sa parution, le 11 octobre 1928, il se vendit mieux que les trois (grandes) œuvres précédentes de la romancière.


Un livre qui comme les précédents, est largement inspiré de la vie de Virginia, même si là ce sont les relations de l’écrivain et non plus l’entourage familial qui alimentent les portraits. Comme le rappelle Diane de Margerie dans sa préface à l’édition française de 1974 : « Nigel Nicholson (le fils de Vita) n’a pas tort d’appeler Orlando une lettre d’amour à Vita, et Quentin Bell (le neveu de Virginia) avait déjà insisté sur l’intérêt biographique de cette œuvre. »



- La 1ère traduction en français d’Orlando par Charles Mauron sera éditée par Stock en 1929, puis rééditée en 1983, 1990 et 1992. Cette même traduction sera reprise dans le 2ème tome de L’œuvre romanesque publiée par Stock en 1974, avec une remarquable préface de Diane de Margerie.

- La deuxième traduction d’Orlando sera l’œuvre de Catherine Pappo-Musard en 1993 pour le recueil « Romans & Nouvelles » publié dans la collection Pochothèque du Livre de Poche, avec une préface de Pierre Nordon


Un livre qui raconte l’histoire épique du Chevalier Orlando qui traverse les siècles sans vieillir et qui à mi-parcours devient une femme.

Alors que Diane de Margerie insiste beaucoup sur le dilemme identitaire que connaissait la romancière et décrit Orlando pratiquement comme une thèse sur l’androgynie, Pierre Nordon
semble plutôt considérer que c’est plutôt une farce, ce que semble confirmer les propres écrits de Virginia qui regrettait même d’y avoir passé trop de temps.

Personnellement, j’ai un peu de mal avec Orlando, comme d’ailleurs avec les contes gothiques de Karen Blixen. Et puis je trouve que Orlando qui , à l’image de son modèle Vita Sackville West, devrait être un grand amoureux à la sensualité affirmée et dévorant la vie avec passion est une vraie nouille, froid comme un hérisson polaire et pour tout dire complètement asexué.

En fait je trouve qu’Orlando au lieu d’être androgyne est plutôt privé de sexe, comme la plupart des personnages de Virginia qui elle-même n’a pas vécu une grande sexualité.

En dehors de l’aspect divertissant, je considère Orlando comme une curiosité intéressante d’un point de vie bibliographique dans ce sens qu’il illustre la grande capacité de Virginia Woolf à maitriser tous les aspects de l’écriture sans jamais oublier de poser quelques questions fondamentales comme celle de la coexistence de caractères féminins et masculins chez chacun d’entre nous…

Vendredi 9 juillet 2010

jeudi 13 mai 2010

L’œuvre romanesque - vol 2



L’œuvre romanesque publiée par Stock n’est plus disponible

depuis longtemps chez l’éditeur. On peut la trouver sur les sites

Internet, dans les librairies spécialisées dans les livres anciens

ou chez les vendeurs de livres d’occasion. Je crois même que j’ai

trouvé un des volumes au Marché aux Puces de Saint Ouen.

Le premier des trois volumes est le plus facile à trouver, par contre

souvent les jaquettes sont abimées ou manquantes.


J’aime bien mon volume 2 qui a été personnalisé par un certain John.

Sur la jaquette, il a inscrit « To Marie Lou » et sur la page de garde :

« Pour Marie - Lou -

Ses isles

les vagues

les actes

les autres

le vent - viendra

John

noël 1974 »



Je trouve que c’est très émouvant de retrouver ces deux volumes

ainsi offerts et dédicacés, il y a trente ans, par un Anglais à une

Française qui a d’ailleurs oubliée une lime à ongle cartonnée,

de couleur jaune, à la page 61…


Le deuxième volume édité en 1974, commence, comme le premier,

par une remarquable préface de Diane de Margerie. Il comprend

les trois romans qui ont suivi « La promenade au phare »

A savoir : Orlando, préface de Diane de Margerie et traduction

de Charles Mauron ;

Les vagues : préface et traduction de Marguerite Yourcenar ;

Entre les actes : préface de Max-Pol Fouchet et traduction

de Charles Cestre.


Ce volume initial de l’œuvre romanesque m’a donc permis de

découvrir la première traduction d’Orlando, par Charles Mauron

publiée chez Stock en 1929, 1983, 1990 et finalement en 1992

dans la collection « La Cosmopolite ».


Ensuite viendra la nouvelle version de Catherine Pappo-Musard,

avec une préface de Pierre Nordon pour le recueil édité en 1993

dans la collection Pochothèque et qui sera reprise ensuite dans

les différentes éditions d’Orlando en Livre de Poche.


Comme d’habitude, c’est avec la traduction initiale, de C. Mauron

que j’ai pris le plus de plaisir.


La préface de Diane de Margerie - dont j’ai découvert par hasard

qu’elle était également une grande spécialiste de Proust – est un

tel régal que je ne peux m’empêcher d’en donner un extrait ;

- Diane de Margerie commence par citer Virginia Woolf :

« Une biographie est considérée comme complète lorsqu’elle rend

compte simplement de cinq ou six Moi, alors qu’un être humain peut

en avoir cinq ou six mille. »


- Puis elle conclut :

« C’est bien là une constatation de Virginia, pour qui toute réalité

est insaisissable et peut-être surtout celle qu’elle aurait voulu, plus

que toute autre, pouvoir capter – la réalité féminine. »




Vendredi 14 mai 2010

mercredi 7 avril 2010

Une prose à l’épreuve du réel - Trois interventions à propos de Virginia Woolf


Couverture de l’édition originale de 2003


Cet ouvrage de Dominique Hénaff est intéressant

et original car il procède d’une étude philosophique

de trois des principaux ouvrages de Virginia Woolf :

La Promenade au phare, les Vagues et Entre les actes.



Ce livre publié en 2003 par l’éditeur lyonnais Horlieu éditions

est la compilation de deux interventions de l’auteure à des

séminaires de travail sur la philosophie qui se sont tenus à Lyon,


en 1993 : « La Promenade au phare de Virginia Woolf –

Transcendance ou généricité » ;


puis en 1994 : « Communauté du vrai, déliaison – Virginia Woolf

et l’exposition de la langue comme merveille »


et en 2000, un essai (épuisé aujourd’hui) également édité par

Horlieu : « Changer le désastre en catastrophe - Virginia Woolf

dans le siècle »


Comme j’ai éprouvé de grandes difficultés à suivre l’analyse

philosophique de Dominique Hénaff visant à démontrer le

platonisme de Virginia Woolf, je préfère laisser l’auteure

présenter son ouvrage :


« Peut-être que ces trois textes n’existent — modeste témoignage —

que pour saluer la jeune Virginia Stephen. Elle qui traînée de force

dans une soirée mondaine par un demi-frère équivoque qui voulait

se faire « mousser » (Girl is phallus), déclarait benoîtement à un

parterre d’inénarrables Ladies l’interrogeant sur son activité

quotidienne (jouez-vous de la musique, faites-vous du tricot ?)

qu’elle passait son temps à lire Platon :


« Moi je lis Platon. Et vous-même, vous ne connaissez pas ?

Comment peut-on vivre sans avoir lu Platon ? ».


Car elle savait, la jeune Virginia, que la question philosophique

dernière — tramée dans des systèmes de pensée d’une complexité

inouïe — est bien celle-ci : qu’est-ce que vivre ?


Qu’est-ce que vivre, non simplement dans le train du monde comme

il va, mais aussi en exception à la platitude répétitive et oppressive

des jours, quand vous transit l’éclair extatique d’une vision, ou que

la certitude patiente d’un travail à venir vous saisit.


Le long détour soustractif d’une pensée œuvrante, noué à la

surrection extatique d’une contemplation, dans la traverse active

et instruite du monde, tel aura été ce « quelque chose d’abstrait,

dans les landes, dans le ciel », que Woolf disait chercher, dans le

compagnonnage de Platon, Lucrèce, Shakespeare, Dante, et

quelques autres.


Ces trois conférences se seront essayées à en retrouver l’écho.

Non pour « rationaliser la machine inhumaine » qui conduit notre

incertain aujourd’hui, mais pour l’inciser de ce fragment que

l’artiste de prose anglaise nous aura légué, à nous qui durons,

toujours. » Dominique Hénaff.




A ma connaissance, la très jolie édition de 2003 n’est pas encore

épuisée et on trouve également des exemplaires

en excellent état sur différents sites de livres d’occasion.


C’est un livre d’un accès difficile pour les non spécialistes

mais qui enchantera surement les lecteurs possédant les clés

de la démarche et du vocabulaire philosophique.


Mercredi 7 avril 2010

dimanche 28 mars 2010

Journal de Virginia Woolf, Tome 1


Couverture de l’édition française de 1981

Alors que Stock a publié en 2008 une magnifique édition intégrale
en un seul volume de « The diary of Virginia Woolf » traduit par
Colette-Marie Huet et Marie-Ange Dutartre sous le titre :
« Virginia Woolf Journal intégral 1915-1941 »
J’ai choisi de plonger dans la vie de Virginia à travers la version du
Journal en huit volumes, éditée en France par Stock, à partir de
1981, dans la superbe collection « Nouveau Cabinet Cosmopolite »

Je trouve en effet que la lecture d’un gros volume de 1558 pages
est fort malcommode et je n’apprécie guère les petits caractères
imprimés sur du papier à cigarette qui sévissent également dans les
belles collections Bouquins ou de La Pléiade.
J’ai donc choisi la forme la plus confortable et celle qui me permet de
me sentir plus proche de Virginia et de ses cahiers originaux.


Le tome 1 de « The diary of Virginia Woolf » a donc été édité par
The Hogarth Press en 1977. C’est un véritable travail de famille,
car l’éditeur est Anne Olivier Bell, les droits appartiennent à
Quentin Bell et à sa sœur Angelica Garnett (qui était belle comme
un ange quand petite elle rendait visite à sa tante Virginia).
La remarquable traduction publiée par Stock, en 1981, est de
Colette-Marie Huet.

Ce tome initial comprend un arbre généalogique très détaillé de la
famille de Virginia, suivi d’une introduction de Quentin Bell, le neveu
de Virginia auteur de la biographie de référence.
Le volume se termine par la très intéressante liste fort détaillée des
trente carnets de Virginia qui constituent son journal.
Ces cahiers font partie de la collection Berg déposée à la bibliothèque
publique de New-York.

Ce volume comprend les années 1915, 1917 et 1918. En 1916 Virginia
était malade et n’a pas pu tenir son journal.

Contrairement aux autres journaux, essais ou documents que j’ai pu
lire de Madame Woolf, où elle ne semble vivre que pour nourrir son
œuvre littéraire je suis frappé par une sorte d’insouciance, comme si
Virginia n’était pas encore complètement habitée par son art.

Elle est très libre dans son journal, très proche de son futur lecteur
mais dans ses premières années, elle se concentre sur la cueillette
des champignons, le rituel du tea dont elle fait un grand usage et
une vie sociale relativement importante, même quand elle vit à la
campagne, elle fait et surtout elle reçoit de nombreuses visites.
Elle s’inquiète beaucoup de ce que Léonard écrit ou hésite à écrire,
comme une bonne épouse un peu maternante.

C’est vrai qu’en 1915, Virginia n’a que 33 ans et qu’en dehors de son
journal, elle utilise surtout sa plume pour son travail de critique au
Supplément Littéraire du Times.

Curieusement, dans ses cahiers intimes elle ne parle jamais de son
premier roman, The Voyage out et elle se contente de très brèves
allusions au deuxième, Night and day, qu’elle est en train d’écrire…
Ainsi le 2 janvier 1915 : « Léonard et moi nous remettons tous deux
à nos griffonnages…je fais environ quatre pages de l’histoire de la
pauvre Effie »

Elle parle très librement et très simplement d’elle, du premier jour
de ses règles qu’elle passe couchée, d’un cors au pied ou d’un
moustique qui lui dévore les orteils…

C’est comme si elle était simple et naturelle pour son corps et sa vie
quotidienne et extraordinairement sophistiquée pour les choses de
l’esprit et redoutablement exigeante pour les capacités des autres.

Elle vivait d’une façon plutôt moderne car elle était équipée du
téléphone et elle semblait apprécier de prendre des bains.
J’ai également pris conscience de l’importance de la musique dans
sa vie. D’après son journal elle allait très facilement et fréquemment
au concert.

Virginia a toujours été exigeante avec son art. Le 6 janvier 1915,
elle note :
« J’ai écrit toute la matinée avec un plaisir infini, ce qui est curieux,
car je n’oublie jamais qu’il n’y a aucune raison pour que je sois
contente de ce que j’écris, et que dans six semaines, ou six jours, je
le trouverai détestable. »

Par contre, elle laisse libre cours à sa causticité et à ses incroyables
descriptions des faiblesses de la nature humaine qu’elle semble
relever avec une délectation infinie.

Je trouve que Virginia est pleine d’humour. Elle a un talent particulier
pour faire ressortir le ridicule et quand elle voit des « intruses » dans
sa bibliothèque londonienne préférée, cela donne ceci :
« La Day’s, à quatre heures de l’après-midi, est le rendez-vous
d’élégantes qui veulent qu’on leur dise ce qu’il faut lire. Je n’ai
jamais vu une bande de créatures plus méprisables. Elles arrivent
couvertes de fourrure comme des phoques et tout aussi parfumées que des civettes… »

Pour finir je citerai une dernière fois Virginia, elle qui savait faire
dire aux mots plus que ce qu’ils étaient. Le 29 janvier 1915, elle décrit une journée sans évènement notable :
« La journée est un peu semblable à un arbre sans feuille : elle
comporte toutes sortes de nuances, si on la regarde de près. Mais le
dessin général est plutôt dépouillé. »

Comme j’ai pris énormément de plaisir à lire ces trois années de la
vie de ma reine Woolféenne je ne peux résister à la volupté des mots
de Virginia :

"Nous devons modeler nos phrases,
jusqu'à en faire l'enveloppe
sans épaisseur de nos pensées."


C'est magic,
Woolfic.


Dimanche 28 mars 2010

vendredi 5 février 2010

VIRGINIA WOOLF trois ou quatre choses que je sais d'elle


Couverture de l’édition française



Cet ouvrage de Claudine Jardin est intéressant à deux

titres, d’un point de vue historique et pour la façon

très vivante dont l’auteur qui est journaliste raconte

sa Virginia Woolf en soulignant avec une remarquable

précision les temps forts de l’existence de la romancière

anglaise.


J’ai appris des détails importants sur la vie de son entourage,

aussi bien ses parents que sa sœur chérie ou même sur son

rapport avec la psychanalyse, ainsi que son entrevue avec

Freud.

Et puis il faut dire que Claudine Jardin a le talent de faire

revivre Virginia et de mettre en relief les aspects atypiques

de sa personnalité qui en faisaient le charme mais aussi

qui la condamnait comme Proust à une vie solitaire,

vouée à l’écriture et aux mots.


C’est d’ailleurs en lisant Claudine Jardin que j’ai appris que

l’enregistrement de Virginia par la BBC, intitulé « Words Fail

Me » qui figure dans la note précédente intitulée « Les mots

de Virginia » est la seule trace conservée de la voix de ma

Woolfette suprême.


Il s’agit d’un livre publié en 1973 par les éditions Hachette,

avec un magnifique cliché de Gisèle Freund illustrant la

couverture.

Comme le fait remarquer Claudine Jardin dans sa préface,

il s’agit seulement du troisième ouvrage français consacré

à Virginia après ceux de Jean Guiguet et de Monique Nathan.


Pour écrire cet ouvrage qui est à mi-chemin entre l’essai et la

biographie, l’auteure s’est principalement référée à la somme

magistrale de Quentin Bell, publiée un an auparavant et au

« Journal d’un écrivain » qui est l’extrait littéraire réalisé par

Léonard Woolf à partir du journal intégral de Virginia.


Grace à Claudine Jardin, Virginia revit au fil des pages et

nous l’accompagnons :


Par exemple en s’appuyant sur La Promenade au Phare

elle évoque magnifiquement Leslie Stephen, le père :

« Ses filles sont aussi des femmes. Il a droit à leur charme,

à leur sourire et il exige leur approbation. Aussi, quand il ne

l’obtient pas, il cherche à dire quelque chose de gentil.

Pardonnez-moi, aimez-moi. Voilà ce qu’il enfouit sous n’importe

quelle petite phrase anodine. Comment alors lui résister ?

Comment combattre ce qui est bien une tyrannie ? »



Claudine Jardin montre bien l’importance de Thoby,

le frère disparu trop tôt qui fut « l’homme de sa vie »

Elle fait également, à plusieurs reprises, le parallèle, à mon sens

justifié, entre la vie de Madame Woolf et celle de Marcel Proust :

« Pour Proust, comme pour Virginia, les jours heureux de

l’enfance formaient non seulement la seule période bénie de la vie,

mais la clef de toute recherche sur eux-mêmes »


L’ouvrage nous montre le regard aigu et souvent tranchant

que porte Virginia sur les autres. En juin 1919, elle avait assisté

à Richmond à un défilé de la paix qui lui était apparu comme

« un festival pour domestiques » !

Elle était parfois très dure, surtout avec les femmes…

En 1923, quand on lui présenta Alix, la belle sœur de Lytton

Strachey, Virginia eut ces mots cinglants : « Oh, oui, Alix,

je sais tout de vous. Vous passez simplement tout votre temps

à danser et vous sombrez dans l’imbécilité à chaque instant. »



Virginia était assurément snob, mais elle qui a côtoyé les plus grands

personnages de son temps, comme Keynes ou Churchill, sans parler

de Freud qu’elle rencontra à Londres en 1939 et qui lui offrit une

fleur, se rend à son atelier d’imprimerie avec un air d’ange échevelé,

pieds nus dans de vieilles pantoufles, vêtue d’une chemise de nuit

déchirée, vaguement recouverte d’une robe de chambre…


Comme chez Proust, la maladie et le don semblent inséparables,

aussi malgré ses nombreuses connaissances évoluant dans le secteur

de la psychanalyse (comme son frère Adrian) Virginia ne voulu jamais

entendre parler d’une psychothérapie car elle était persuadée que sa

folie faisait partie intégrante de son génie




A ma connaissance, l’édition de 1973 est épuisée depuis

longtemps, mais on peut encore trouver quelques exemplaires

sur des sites de livres d’occasion.


C’est un livre très bien écrit et facile à lire qui donnera envie aux

Woolfistes débutants d’aller plus loin.

« La vie, plus de vie ! » disait Virginia.


Samedi 6 février 2010

mercredi 23 décembre 2009

La Maison hantée



La nouvelle tient une place importante dans l’œuvre
et dans la vie de Virginia Woolf car elle écrivait tout le temps
et notait régulièrement des idées, des sujets ou des trames
de « short stories ».

Son itinéraire littéraire est scandé par la parution de cinq recueils
de nouvelles dont La Maison hantée est le plus riche car il reprend
l’essentiel de Monday or Tuesday en le complétant de nouveaux
textes dont certains inédits.

1° Le mythique « Monday or Tuesday » est le seul volume
de nouvelles paru du vivant de Virginia Woolf, en 1921.
Monday or Tuesday est toujours disponible en anglais,
édité notamment par Hesperus Press Limited (Hesperus Classics)
ou par Dover Publications (Dover Thrift Editions).
A ma connaissance, il n’y a jamais eu de publication en français.

Ce recueil comprenait huit nouvelles :
- Monday or Tuesday (Lundi ou mardi), écrit en novembre
ou décembre 1920.
- A Haunted House (Une maison hantée), publié en1921.
- An Unwritten Novel (Un roman esquissé), publié en juillet 1920.
- The String Quartet (Le quatuor à cordes), publié en 1921.
- Kew gardens, publié en mai 1919 par la Hogarth Press.
- The Mark on the Wall (La marque sur le mur), écrit en été 1917.
- A society (Une société), publié en1921, non repris ultérieurement.
- Blue and Green (Bleu et vert), publié en1921, ne sera pas repris.


2° « The Haunted House and Other Short Stories» parait en 1943,
deux ans après la mort de Virginia Woolf.
Traduit par Hélène Bokanowski, il sera édité par les éditions Charlot
en 1946, sous le titre « La maison hantée ».
C’est une édition épuisée depuis longtemps et donc très rare.
Pendant longtemps deux seuls exemplaires étaient proposés par des
libraires spécialisés sur Internet dont l’un avait la couverture
abimée, je me suis donc procuré l’autre dont les pages n’étaient
même pas coupées.

La remarquable préface a été écrite par Léonard Woolf en 1943,
il explique parfaitement comment il a choisi les textes, dans le
prolongement de la volonté de Virginia qui avait décidé en 1940
de la publication d’un nouveau volume de nouvelles dont elle
prévoyait la sortie en 1942.

Le recueil « La maison hantée » est composé de trois blocs de
six nouvelles :

1) Les nouvelles déjà publiées dans Monday or Tuesday, à l’exception
de « A society » et de « Blue and Green » auxquelles Virginia ne
tenait pas vraiment ;

2) Six nouvelles déjà parues dans diverses revues entre 1922 et 1941 :
- The New Dress (La robe neuve), 1925.
- The Shooting Party (La partie de chasse), publiée en 1938.
- Lappin and Lapinova (Lappin et Lapinova), écrite en 1919
et publiée en 1939.
- Solid Objects (Objets massifs), octobre 1920.
- The Lady in the Looking Glass (La dame au miroir),
écrite en décembre 1927 et publiée en décembre 1929.
- The Duchess and the Jeweller (La duchesse et le bijoutier),
écrite en 1937 et publiée en 1938.

3) Et pour finir, six nouvelles inédites :
- Moments of Being (Moments de l’être), publié en janvier 1928.
- The Man who Loved his Kind (L’homme qui aimait son prochain),
écrit au printemps 1925.
- The Searchlight (Le projecteur), écrit en février 1939.
- The Legacy (Le legs), publié en 1943.
- Together and Apart (Ensemble et séparés), écrit au printemps
1925.
- A Summing Up (Mise au point), écrit au printemps 1925.


Lire et relire les dix huit nouvelles de ce volume conçu par Léonard
Woolf est un moment de grand bonheur et apporte une sensation
de plénitude.
A travers les variations de rythme et de plans composées par la
romancière, c’est toute l’œuvre de Virginia qui s’annonce, déjà
présente dans la recherche d’une sorte de dissonance fluide qui
à chaque lecture me surprend et m’émerveille.

Le mieux placé pour en parler, loin du verbiage asticotatoire de
certaines universitaires reste Léonard Woolf, le plus fidèle serviteur
de Virginia et de son œuvre :

« Toute sa vie, Virginia Woolf écrivit des nouvelles. Lorsqu’un sujet
lui passait par la tête, elle le notait grosso modo par écrit et rangeait
cette ébauche dans un tiroir. Si plus tard un éditeur lui demandait
une nouvelle et si elle se sentait d’humeur à l’écrire (ce qui était fort
rare), elle sortait l’une de ces ébauches de son tiroir et la récrivait,
souvent un très grand nombre de fois. Lorsqu’elle travaillait à un
roman, elle éprouvait également le besoin (c’était fréquent), de se
reposer l’esprit en faisant pendant quelque temps autre chose. Elle
écrivait alors un essai de critique ou bien retravaillait l’une de ces
nouvelles à l’état d’ébauche. »
(1943, préface de La Maison hantée, traduite par Hélène Bokanowski).


3° Les trois autres volumes de nouvelles publiées à titre posthume,
par la Hogarth Press : « The Death of the Moth », « The Moment »
et « The Captain’s Death Bed » seront également traduits en Français
par Hélène Bokanowski et intégrées avec la Maison Hantée dans un
vaste volume appelé « La mort de la phalène, édité par Le Seuil
en 1968 et régulièrement réédité dans la collection Points.


Les traductions les plus récentes des short stories de Mrs Woolf
sont l’œuvre de Pierre Nordon qui a publié en 1993 dans Le Livre de
Poche un recueil bilingue de douze textes sous le titre de "Kew
Gardens", avec des renvois et des notes sur la traduction fort
enrichissantes.

On retrouvera ensuite dix neuf nouvelles de Virginia dans l’anthologie
que lui consacre Pierre Nordon : « Romans et nouvelles » édité le 12
décembre 2002 par le Livre de Poche dans la collection Pochothèque.
En dehors des nouvelles traductions dues à Pierre Nordon et Pascale
Michon, l’intérêt de cette compilation est de pouvoir découvrir en
français les deux textes bannis par Léonard Woolf « Une société »
ainsi que « Bleu et vert ».


Une façon de boucler la boucle…

Comme disait Mrs Dalloway (who was always so charming) dans
« La robe neuve » :

« But it’s too early to go ! »

Mercredi 23 décembre 2009

dimanche 20 décembre 2009

Nouvelles anglaises



Ce très joli recueil de nouvelles a un triple rapport avec

Virginia Woolf :

1° Il s’agit d’un vaste panorama de la littérature anglaise,

depuis le 13ème siècle et l’auteur inconnu de « Sire Gauvain »

jusqu’au 20ème siècle avec notamment D. H. Lawrence,

Katherine Mansfield et Evelyn Waugh, en passant par les

grands classiques Walter Scott, Thomas de Quincey et

Charles Dickens, sans oublier les Hardy, Stevenson, Wilde

ou encore Conrad… Que du beau monde !

2° Le choix des nouvelles et la préface du livre sont l’œuvre

d’Hélène Bokanowski, grande spécialiste de la littérature

anglaise et de l’œuvre de Virginia dont elle a traduit en Français

pratiquement toutes les nouvelles.

3° Parmi les vingt deux short stories présentées, figure en bonne

place « La Marque sur le Mur » de Mrs Woolf.


Ces Nouvelles anglaises parues chez Seghers en 1963, constituent

le septième volume de la collection MELIOR que l’éditeur présente

comme « populaire par son prix et luxueuse par sa présentation ».

L’exemplaire que je me suis procuré dans une librairie spécialisée

est effectivement imprimé sur beau papier et relié sous jaquette

rhodoïd qui permet une conservation parfaite.


Les nouvelles sont présentées par ordre chronologique et chaque

texte est précédé d’une courte biographie.

Dans sa très fine préface, Hélène Bokanowski explique son souci

de mieux faire connaître les auteurs anglais en France et elle cite

notamment le cas de Virginia Woolf : « …sans passer inaperçue,

ne reçut pas l’accueil mérité par celle que les Anglais considèrent

eux, comme l’un des grands, sinon le plus grand romancier de la

première moitié du siècle. Aujourd’hui, on reparle d’elle, car on s’est

aperçu qu’elle fut, plus ou moins directement, à l’origine de cette

école dite du nouveau roman …. elle fut la première à donner à des

personnages la dimension qu’ils prennent quand leurs rapports avec

autrui et le monde extérieur se définissent par le flux du

subconscient plutôt que par l’action. »


« The Mark on the Wall » est une nouvelle mythique de Virginia

Woolf, car c’est tout bonnement la première à être publiée, en 1917.

Auparavant, Virginia avait seulement publié son premier roman,

« The Voyage Out », en 1915.

The Mark on the Wall a aussi une forte portée symbolique,

car ce fut la première publication de la Hogarth Press, la

maison d’édition des Woolf.


La nouvelle traduite par Hélène Bokanowski sous le titre

« La Marque sur le Mur » sera ensuite reprise dans le recueil

« Une Maison hantée » édité par Charlot en 1946, puis dans

le florilège intitulé « La Mort de la phalène » édité par Le Seuil,

en 1968.


Pour parler de la nouvelle, avec Virginia, c’est simple, la magie

est immédiate, il suffit de l’écouter parler d’un arbre, d’un simple

arbre de bois :


J’aime à penser à l’arbre en soi : d’abord à cette compacte et sèche

sensation d’être de bois ; puis au grincement de l’orage, et puis

à ce lent, à ce délicieux suintement de la sève.

J’aime à songer aussi à l’arbre dans un champ par les nuits d’hiver,

lorsque toutes ses feuilles repliées sur elles-mêmes, il dissimule

sa fragilité au fer des projectiles lunaires ; mât dénudé, planté

dans une terre qui tombe, tombe toute la nuit.

Le chant des oiseaux doit lui sembler très fort, étrange aussi

en juin ;

et les pieds des insectes doivent lui donner froid lorsqu’ils

progressent laborieusement le long des plis de son écorce, ou

qu’ils se chauffent au soleil sur la mince et verte tente de ses

feuilles, regardant droit devant eux, avec leurs yeux à facettes

rouges…



Que dire de plus ?

- Rien !

- Ou plutôt Merci.


Dimanche 20 décembre 2009

samedi 24 octobre 2009

La Promenade au phare



Couverture de l’édition de 2009

Après La Chambre de Jacob en 1922, puis Mrs Dalloway en 1925, La Promenade au Phare publié en 1927 par la Hogarth Press, complète magnifiquement la trilogie magique des romans « modernistes » de Virginia Woolf.
C’est celui qui a reçu l’accueil le plus triomphal de la part de la critique anglaise et américaine. Il sera également plébiscité par les lecteurs puisque les ventes de la première année dépasseront le total atteint par La Chambre de Jacob et Mrs Dalloway.


Un livre qui comme les précédents, ne s’embarrasse pas trop des conventions du genre romanesque et qui comme le souligne très judicieusement Françoise Pellan dans sa préface à l’édition française de 1996, emprunte « à l’art pictural le principe de sa composition, elle se présente sous la forme d’un triptyque. Le premier volet baigne dans la chaude lumière d’un soir de septembre, quelques années avant la guerre de 14-18. Le panneau central a la couleur des nuits de tempête zébrées d’éclairs. Le second volet doit sa lumière crue au soleil d’un matin d’été, juste après la guerre. »



- La 1ère traduction en français de To the Lighthouse par M. Lanoire sera éditée par Stock en 1929, sous le titre « La Promenade au phare » Cette même traduction sera reprise dans le 1er tome de L’œuvre romanesque publiée par Stock en 1973, avec une remarquable préface de Monique Nathan.
Cette même version avait fait l’objet en 1957 d’une édition limitée à 3300 exemplaires numérotés dans la collection Stock reliée. L’artiste Jeanne Pécheur a orné la reliure et les gardes des ses dessins (superbes !), d’un document photographique Roger Viollet et d’un portrait inédit de Virginia Woolf par Gisèle Freund. J’ai eu la chance de me procurer l’exemplaire n° 1593…

- La deuxième traduction de To the Lighthouse, sous le titre de « Voyage au Phare » sera l’œuvre de Magali Merle en 1993 pour le recueil « Romans & Nouvelles » publié dans la collection Pochothèque du Livre de Poche, avec une préface de Pierre Nordon

- La troisième traduction en français, sous le titre « Vers le Phare » sera l’œuvre de Françoise Pellan qui rédigera également la préface du livre publié en 1996, dans la collection Folio classique chez Gallimard.

- La toute dernière version de 2009, sous le titre « Au Phare » bénéficie d’une nouvelle traduction d’Anne Wicke, dans la merveilleuse collection La Cosmopolite chez Stock.


Un livre qui est une chronique du temps qui passe sur une maison de vacances située sur une île au large de l’Ecosse.

Dans la première partie, la plus conséquente qui est intitulée « La Fenêtre », la maison est habitée par beaucoup de résidents où on reconnait facilement les nombreux parents de Virginia et leurs amis qui comme Henry James les visitait pendant les vacances à Saint Yves. Toute cette partie est irradiée par la grâce de Mrs Ramsay qui est animéee du même rayonnement qui émanait de Julia Stephen la mère de Virginia.

Dans la deuxième partie, très courte, « Le Temps passe » Mrs Ramsay n’est plus là, partie trop tôt comme la mère de Virginia, la guerre est passée par là, la maison est à l’abandon, livrée à la force de la nature.

Et enfin dans la troisième et dernière partie intitulée « Le Phare » On retrouve Mr Ramsay, le père toujours aussi admirable et insupportable avec son égoïsme supérieur et son inaltérable besoin d’être aimé et reconnu.

La Promenade au Phare, pour reprendre le titre de la traduction initiale (ma préférée, même si la dernière est très bien !) est à la fois le roman le plus autobiographique de Virginia Woolf, celui qui lui a apporté le plus grand succès et qui a été couronné par le prix Femina en 1928, et aussi son préféré. Elle le considérait comme le meilleur de ses livres, plus cohérent que La Chambre de Jacob et moins superficiel que Mrs Dalloway.

Cette Promenade dans le temps jusqu’au Phare, avec sa décomposition temporelle et la dépersonnalisation du personnage principal Mrs Ramsay qui apparait parfois comme une sorte de médium révélant les grands thèmes de l’œuvre Woolfienne : la vie, l’amour, le chaos, la fuite du temps, l’absence et la mort, est une œuvre majeure qui annonce les futures créations de Virginia et notamment « Les Vagues »



Pour finir je dirai juste un mot des éditions anglaises qui, même en format de poche, sont très soignées et fort peu couteuses. Par exemple l’édition de 1996 de To the Lighthouse dans la collection Popular Classics de Penguin Books qui reprend la version intégrale du texte de 1927 est illustrée par la reproduction d’un très joli tableau de Dame Laura Knight qui a pour titre : Evening on the Beach


Vendredi 23 octobre 2009

lundi 6 juillet 2009

Virginia Woolf – Qui êtes-vous ?


Couverture de l’édition française


Cet ouvrage de Phillys Rose, traduit de l’américain

par Thérésa de Cherisey est passionnant et original.

En effet Phillys Rose possède des connaissances

encyclopédiques sur Virginia Woolf et son époque

et son exposé est remarquablement clair et pédagogique.


Son point de vue est intéressant car pour elle l’étude

de l’œuvre de Virginia est inséparable de l’étude de sa vie.

Et il est vrai que l’éclairage psychologique apporté par

Phillys Rose permet de beaucoup mieux appréhender

la globalité de l’œuvre de Virginia Woolf.


Il s’agit d’un livre paru en 1977 aux Etats Unis, la version

française en format de poche sera publiée en 1987 par

l’éditeur lyonnais « la manufacture »



Cette biographie est moins connue que les grands classiques

écrits en France par Monique Nathan, Béatrice Mousli,

Claudine Jardin ou Viviane Forrester ou bien en Angleterre

par Quentin Bell, Nigel Nicolson, Hermione Lee ou Jane Dunn.


Elle est cependant extrêmement enrichissante et complète

notamment par le choix des thèmes traités :

- Saint Yves et Kensington ;

- Lytton Strachey et Leonard Woolf ;

- L’amour des femmes ;

- Vita Sackville-West et l’androgynie ;

- Une vie sans avenir, etc.



Phillys Rose consacre également un chapitre

à chacun des ouvrages les plus importants de

l’écrivaine anglaise.

Elle considère que « La Promenade au phare

est le roman le plus franchement autobiographique

de Virginia qui se mettant à écrire sur ses parents

et sur son passé, se trouve inévitablement confrontée

à la question centrale et angoissante de sa vie :


peut-on être à la fois une femme, telle que les femmes

ont été culturellement définies, et une artiste ? »




A ma connaissance, l’édition de 1987 est épuisée depuis

longtemps, mais on peut encore trouver des exemplaires

en excellent état sur différents sites de livres d’occasion,

à un prix très raisonnable.


C’est un livre qui m’a enchanté et que je recommande

à tous les Woolfistes débutants ou chevronnés…



Lundi 6 juillet 2009

vendredi 5 juin 2009

1882


L’incontournable biographie de Virginia Woolf, par son neveu Quentin Bell


Le 25 janvier 1982, naissance au 22 Hyde Park Gate, à Londres,
d' Adeline Virginia Stephen, troisième de quatre enfants,
issus du mariage de Sir Leslie Stephen et de Julia Prinsep Duckworth, née Julia Jackson (1846 -1895).

Les parents de Virginia étaient tous deux veufs lorsqu’ils se marièrent : ainsi leur maison regroupait les enfants de trois mariages différents.

Les enfants de Julia et de son premier époux Herbert Duckworth : George Duckworth (1868 - 1934) ; Stella Duckworth (1869 - 1897) ;
et Gerald Duckworth (1870 - 1937).

La fille de Leslie et de sa première épouse Minny Thackeray, Laura Makepeace Stephen fut diagnostiquée handicapée mentale et vécut avec eux avant d’être placée dans un asile en 1891 jusqu’à la fin de ses jours.

Enfin, les enfants de Leslie et Julia : Vanessa (1879 - 1961) ; Thoby (1880 - 1906) ; Virginia (1882 - 1941) et Adrian (1883 - 1948).



Sir Leslie Stephen, écrivain, éditeur et alpiniste, était veuf de la fille aînée du romancier William Makepeace Thackeray.
Après avoir enseigné à Cambridge, il s’orienta vers le journalisme littéraire puis après avoir publié une imposante Histoire de la pensée anglaise au 18ème siècle, il se consacra entièrement à partir de 1882 à l’œuvre de sa vie, le « Dictionary of National Biography » dont il rédigea lui-même 378 articles.

Julia Stephen était la fille d’une des six sœurs Pattle, connues pour leur beauté et leur implication dans la vie intellectuelle de la société victorienne, comme le salon tenu au milieu du XIXe siècle par sa tante Sarah Prinsep.


Virginia fut éduquée par ses parents à leur domicile du 22 Hyde Park Gate, Kensington dans une ambiance littéraire de la haute société.

Les écrivains Henry James, George Henry Lewes, Georges Meredith et James Russell Lowell (le parrain de Virginia) faisaient entre autres partie des connaissances de ses parents, ainsi que la septième sœur Pattle, la photographe Julia Margaret Cameron (une autre tante célèbre de Julia morte en 1879)


Lundi 27 avril 2009

vendredi 1 mai 2009

Le Faux Roman


Couverture de l’édition de 1995



Le Faux Roman publié en janvier 1995, par les éditions Mille et

une nuit, se présente comme un mini livre de quarante huit pages,

de petit format avec une fort jolie couverture et de remarquables

illustrations de Marion Bataille.

La traduction est de Guillaume Villeneuve et le titre original :

An Unwritten Novel.



En fait, il s’agit d’une nouvelle publiée initialement en 1921,

dans le recueil « Lundi ou Mardi », le seul ensemble de nouvelles

publié du vivant de l’écrivain.


On retrouve « An Unwritten Novel » dans le recueil « La mort

de la phalène » publié par les Editions du Seuil en 1968,

avec une traduction d’Hélène Bokanowski, sous le titre :

« Ce qui n’a pas été écrit ».


Une troisième version est publiée en 1993 par la Librairie Générale

Française, « Un roman qu’on n’a pas écrit » est le titre, le plus

proche de l’original, de la traduction de Pascale Michon.


La grande « Woolfiste » américaine Phillys Rose explique bien

le cheminement de la réflexion de Virginia sur son art.

Après Nuit et jour, un beau roman de facture classique,

achevé en 1918, elle a envie de devenir elle-même.

En 1919 elle publie dans le supplément littéraire du Times

« La Fiction moderne ». C’est un essai critique qui annonce

la prééminence de l’inspiration sur la forme traditionnelle

des écrivains réalistes.

L’illustration des théories de Virginia apparaitra dans ce que

Phillys Rose appelle « Le Roman non écrit » en 1921 puis

dans la Chambre de Jacob en 1922.

Dans les deux cas, en effet, Virginia Woolf présente la nature

humaine sous une forme plutôt abstraite.


Le principal intérêt du "Faux Roman" est donc de voir à l’œuvre

l’apprentissage par Virginia d’un style elliptique qui, pour Phillys

Rose, a été influencé par les premiers poèmes d’Eliot.


C’est just le début de la magie…



Samedi 2 mai 2009

dimanche 29 mars 2009

Mrs Dalloway

« Je suis très, très contente que le livre en thaï te plaise...
Oui, bien sûr je peux te dire le nom de l'éditeur et de traducteur. Ce livre est publié pour la première fois l'année dernière ; l'éditeur s'appelle "Kombang" et le traducteur s'appelle "Dolasit Bang-kom-bang". » Apinya.


Un livre qui est la merveille des merveilles.
Ecrit en continu sans chapitre ni séparation, comme une phrase unique, comme la vie qui ne s’arrête jamais.

Un livre conçu en automne 1920, alors que l’écriture de la Chambre de Jacob commence, qu’elle finira à la fin de l’année 1924 et qui sera publié par la Hogarth Press au début de 1925.


- La 1ère traduction en français de Mrs Dalloway par S. David sera éditée par Stock en 1929, avec une préface d’André Maurois. Elle sera éditée en 1956, dans Le Livre de Poche, avec en couverture un joli dessin en couleur d’un carrefour de Londres. Cette même version sera reprise en 1973, dans le 1er volume de L’œuvre romanesque et sera réédité par Le Livre de Poche en 1982.

- La deuxième traduction en français sera l’œuvre de Pascale Michon en 1993 pour le recueil « Romans & Nouvelles » publié dans la collection Pochothèque du Livre de Poche, avec une préface de Pierre Nordon

- La dernière version de 1994 bénéficie d’une nouvelle traduction par Marie-Claire Pasquier et d’une longue préface de Bernard Brugière, dans la collection Folio chez Gallimard.


Un livre qui est celui d’une journée d’été à Londres, en juin 1933 qui commence avec Clarissa Dalloway, le principal protagoniste et le fil rouge du récit et qui se finit avec la grande soirée mondaine qu’elle donne chez elle.

Pendant cette journée, nous suivons dans les rues de Londres des personnages proches de Mrs Dalloway, son mari Richard, puis sa fille Elisabeth, puis Peter Walsh, éperdument amoureux de Clarissa en 1890 qui revient des Indes.

Il y a aussi quelques relations mondaines et puis un des personnages importants qui arrive là comme un homme vert débarquant de Mars, c’est Septimus Warren Smith qui incarne la poésie pure qui sombre dans la folie.


Pourquoi aime-t-on autant Clarissa Dalloway ? Surement parce qu’elle est très femme : belle, subtile, élégante avec une prescience de l’instant. Une femme très sensible qui a préféré la sécurité auprès de Richard Dalloway plutôt que l’aventurier Peter Walsh son grand amour qui la fait encore frissonner vingt ans après.

Mrs Dalloway c’est un peu le livre de Virginia, où on trouve beaucoup d’elle, des gens, des lieux et des situations qu’elle a connus. On retrouve aussi des personnages comme si le livre était un album de famille, de vie.

Ainsi Septimus Warren Smith et sa charmante épouse Rezia habitent le quartier de Bloomsbury, là où se trouve l’hôtel de Peter Walsh. C’est dans ce même quartier de Bloomsbury que Léonard et Virginia Woolf se sont installés en 1923, au 52 Tavistock Square.

De même Mrs Durrant et Clara, la mère et la fille, sont directement issues de « La Chambre de Jacob » où Clara était le grand amour romantique de Jacob…

Et puis il y a Sally, l’espiègle et originale ancienne grande amie de Clarissa qui m’évoque le personnage de Lily la jeune femme peintre de « To the Lighthouse” Et puis Virginia connaissait déjà Vita Sackville-West, même si leur liaison amoureuse ne commencera vraiment qu’en décembre 1925.


En relisant Mrs Dalloway dans la traduction initiale que je préfère, j’ai redécouvert des éléments plein de charmes. Ainsi Clarissa Dalloway qui a des traits communs avec Virginia mais qui ressemblait à une amie de sa mère,
« avait de jolies mains, de jolis pieds et elle s’habillait bien »

Un peu plus loin, Septimus Warren Smith entend un couple de moineaux :
« et ils chantèrent en mots grecs, avec des voix insistantes et perçantes, perchés sur des arbres, de l’autre côté de la rivière, dans la prairie de la vie, où marchent les morts, qu’il n’y a pas de mort. »

Passage extraordinaire de représentation de la maladie de Virginia qui entendait le chant des oiseaux en grec, de la vie et de la mort, des prairies où elle aimait se promener et de la rivière où elle choisit de quitter la vie…


La promenade de Septimus et de Rezia à Regent’s Park génère des nuages de poésie. Et tandis que sa femme essaye désespérément d’attirer son attention, Septimus entend une voix :

« - Regarde ! ordonnait l’invisible, la voix qui maintenant communiquait avec lui ; lui, Septimus, le plus grand parmi les hommes, récemment passé de la vie à la mort, Seigneur venu pour renouveler le monde, étendu comme un manteau, comme un tapis de neige immaculé sous le soleil, souffrant un sacrifice jamais consommé, bouc émissaire, éternelle victime. Mais il ne voulait pas, gémit-il, éloignant d’un mouvement de la main cette souffrance éternelle, cette solitude éternelle.
- Regarde ! répéta-t-elle, car il ne devait pas parler tout seul quand il était dehors.
- Oh ! Regarde ! implora-t-elle. Mais qu’y avait-il à regarder ? Quelques moutons. C’était tout. »



Clarissa comme Virginia souffre de sa frigidité avec les hommes, avec son mari. Elle s’interroge sur son attirance pour le charme de certaines femmes :
« Mais l’amour (pensait-elle, en ôtant son manteau), l’amour entre femmes. Voilà, par exemple, Sally Seton ; ses rapports autrefois avec Sally Seton. N’était-ce pas de l’amour, après tout ? »


C’est finalement très difficile de parler de ce livre qui est un enchantement, un fait magique. C’est la musique de l’âme. Pour moi c’est l’esprit de Virginia son talent et son amour des mots qui nous sont livrés en quelques cent cinquante pages.

La dernière page du livre, se confond avec les derniers instants de la soirée. Les deux êtres que Clarissa a aimés sont là, Sally et Peter ont attendu ensemble que Clarissa revienne les voir.

Sally se lève pour aller prendre congé de Richard Dalloway.

« Je viens, dit Peter, mais il resta encore un peu.
Quelle est cette crainte ? se demandait-il. Ce ravissement ? C’est Clarissa, dit-il.
Elle était là. »


Pour finir je dirai juste un mot des éditions anglaises qui, même en format de poche, sont très soignées et fort peu couteuses. Par exemple l’édition 2000 de Mrs Dalloway dans la collection Modern Classics de Penguin Books comprend un plan de Londres des années 20, une longue introduction d’Elaine Showalter de Princeton University, une bibliographie, une présentation de Stella McNichol, des notes en fin de volume et un appendice présentant les corrections apportées aux éditions de 1925 et de 1947.

Dimanche 29 mars 2009

dimanche 8 mars 2009

L’œuvre romanesque - vol 1


Alors qu’il y a eu une importante quantité de biographies

et d’essais inspirés par Virginia Woolf sans compter les

différentes éditions, extractions ou compilations réalisées

à partir des ses journaux, bizarrement les tentatives visant

à réunir ses « œuvres complètes » sont extrêmement rares

pour un écrivain d’une telle stature.


En effet il y a eu la superbe édition chez Stock, entre 1973

et 1979, de L’œuvre romanesque de Virginia Woolf en trois

beaux volumes avec une couverture entoilée et une jaquette

en papier glacé joliment illustrée par des portraits de l’artiste.

Vingt ans plus tard, donc en 1993 Le Livre de Poche publiera

dans la collection Pochothèque les « Romans & Nouvelles »

de Virginia Woolf en reprenant les six derniers romans et une

sélection d’une vingtaine de nouvelles.

Et puis… C’est tout !

C’est effectivement bien peu pour un auteur majeur même si

on peut se consoler en sachant que l’édition des œuvres

complètes est en préparation chez Gallimard dans la prestigieuse

« Bibliothèque de la Pléiade »



L’œuvre romanesque publiée par Stock n’est plus disponible

depuis longtemps chez l’éditeur. On peut la trouver sur les sites

Internet ou dans les librairies spécialisées, je crois même que j’ai

trouvé un des volumes au Marché aux Puces de Saint Ouen.

Le premier volume est le plus facile à trouver, par contre souvent

les jaquettes sont abimées ou manquantes.


J’aime bien mon volume 1 qui a été personnalisé par un certain John.

Sur la jaquette, il a inscrit « I love Marie Lou »
et sur la page de garde :

« For Marie Lou –

un monde –

Son monde ?

des mondes

démons ?

John

noël 1974 »

Je trouve que c’est émouvant.


Le premier volume édité en 1973, commence par une remarquable

préface de Diane de Margerie. Il comprend les trois romans qui ont

suivi « The Voyage out » et « Nuit et jour ».

A savoir : La chambre de Jacob, traduction de Jean Talva ;

Mrs Dalloway : préface d’André Maurois et traduction de S. David ;

La promenade au phare, préface de Monique Nathan et traduction

de Maurice Lanoire.


Ce volume initial de l’œuvre romanesque m’a donc permis de

découvrir une troisième traduction de la Chambre de Jacob après

celle de Magali Merle pour l’édition de poche en 1993 et la toute

récente version d’Agnès Desarthe pour la réédition en 2008 dans

la collection « La Cosmopolite ».

Cette dernière apportait une touche de modernité et une sorte

de fluidité qui rendait la lecture plus agréable. Cependant, c’est

avec la traduction de Jean Talva que j’ai pris le plus de plaisir.

Je trouve que le texte a plus de puissance et que l’emploi

de tournures anciennes et d’expressions désuètes permet

de se rapprocher du texte écrit par Virginia Woolf et de

l’ambiance lexicale et linguistique du début des années Vingt.

Trois romans de Virginia dans un seul très joli livre,

c’est trois fois plus de bonheur !


Dimanche 8 mars 2009

jeudi 22 janvier 2009

Journal d’adolescence


En avril 2008, nous avons eu droit à la superbe réédition

du Journal d’adolescence de Virginia Woolf dans la collection

« La Cosmopolite » aux éditions Stock.

Il s’agit d’un magnifique volume de 502 pages, agrémenté

d’un arbre généalogique détaillé qui permet de mieux situer

la nombreuse parenté de Virginia.

La couverture reprend le célèbre portrait photographique

exécuté en 1902 par George Charles Beresford, alors que

l’édition anglaise la plus récente publiée par Pimlico en 2004

est illustré par le cliché de 1902 représentant Virginia avec

son père Sir Leslie Stephen (Cliché de la note du 3 novembre

2008 : Virginia Woolf en 2008)


Le Journal d’adolescence (1897-1909) est après la publication

de 1993, la deuxième édition française du texte original publié

par la Hogarth Press en 1990 sous le titre :

« A Passionate Apprentice : The Early Journals, 1897-1909 »


La traduction est de Marie-Ange Dutartre et ce Journal contient

une brève présentation de Geneviève Brissac et surtout la très

riche préface de Mitchell A. Leaska pour l’édition anglaise de 1990.


La lecture de ce journal qui se situe chronologiquement entre

Le journal de Hyde Park Gate (L’enfance) et le Journal intégral

de l’âge adulte, est un pur bonheur, tellement la fantaisie et la

justesse de Virginia Woolf sont déjà présents en toute liberté.


J’adore quand Miss Stephen raconte le voyage qu’elle fit en

Grèce, accompagnée de ses frères, sa sœur et Violet Dickinson.

Virginia n'a que 24 ans mais la précision de son style est

déjà inimitable. Arrivée à Olympie, le 14 septembre 1906,

elle exécute froidement l'Italie :

"Il n'y a pas lieu de dépenser de l'encre inutilement

pour décrire la traversée de l'Italie. Il a fait très chaud

puis froid - nous avons raté des trains - trouvé des hôtels –

& parcouru, ce faisant, l'Italie d'un bout à l'autre."

Il faut dire que voyager avec Virginia, cela devait être

quelque chose. D'aucuns la trouvaient horriblement snob,

moi je la trouve terriblement anglaise, à cette époque

où l'Angleterre était la première puissance économique et

militaire du monde et les Anglais qui voyageaient beaucoup

se sentaient partout chez eux.

Evidemment Virginia a une vision des Grecs modernes très

Woolfienne :

"Les Athéniens les plus pauvres - & tous ont l'air pauvre..."

ou encore :

"Les habitants d'Athènes ne sont naturellement pas plus

athéniens que moi. Ils ne comprennent pas le grec du

siècle de Périclès - lorsque je le parle."

C'était une époque où les classes moyennes n'existaient

pas encore, le grec et le latin constituaient la base de la

culture et de l'éducation comme à Cambridge où l'étude

du grec était incontournable.

Le seul regret pour cette magnifique édition provient encore

une fois du titre qui est inadapté. La référence à l’adolescence

est impropre, car elle suggère un unique souci chronologique

alors que dans l’édition originale le découpage est professionnel.

Comme le dit Mitchell A. Leaska dans la préface : « Cette première

chronique constitue, par conséquent, les débuts de l’apprentissage

de la future Virginia Woolf romancière qui, pour l’heure, est encore

Adeline Virginia Stephen et se prépare au métier d’écrivain. »



Jeudi 22 janvier 2009

samedi 27 décembre 2008

Journal d’un écrivain

Couverture de la dernière édition en français


A Writer’s Diary a été édité en 1953 à Londres à l’initiative

de Léonard Woolf qui a rassemblé en près de six cent pages

un condensé du journal intégral de 1915 à 1941,

originellement en vingt-six volumes.


Comme le mari de Virginia l’explique dans sa préface du

1er janvier 1953, il a extrait des Journaux tout ce qui relevait

du travail d’écrivain de Virginia, d’aout 1918 à mars 1941.


En tout et pour tout, je connais quatre versions en français

qui diffèrent uniquement par leur présentation.


A ma connaissance, il existe une seule traduction qui est

l’œuvre de Germaine Beaumont et la seule et unique préface

est celle écrite par Léonard Woolf.


Journal d’un écrivain en un volume (Ed. du Rocher)

En 1958, paraît en France Le journal d'un écrivain de Virginia

Woolf, traduit de l'anglais par Germaine Beaumont, résultat

d'un travail extrêmement soigné qui a commencé presque

quatre ans plus tôt. Cette première version en français de

587 pages est publiée par les Éditions du Rocher à Monaco


Journal d’un écrivain en deux volumes (Coll. 10/18)

En 1977, parution de la première édition en format poche

qui est également la seule en deux volumes.

C’est l’éditeur : Union Générale d'Editions qui publie les

deux volumes dans la collection 10/18. Le tome 1 comprend

286 pages contre 302 pages pour le tome 2.


Journal d’un écrivain en un volume (Ed. Christian Bourgois)

En 1984, les Editions Christian Bourgois publient à leur tour

le Journal d’un écrivain en un volume de 587 pages,

puis le rééditent en 1994.


Journal d’un écrivain en un volume (Coll. 10/18)

Le 10 octobre 1995, les Editions Christian Bourgois publient

une version de 573 pages, au format poche, dans la collection

Bibliothèques - 10/18. Ce livre sera réédité le 19 aout 1999

puis le 12 septembre 2000 avec des retirages en mai 2003

et décembre 2004.


Comme il me semble impossible de résumer un tel travail

de compilation, je me permets de citer l’article publié

par Michel Jean-Baptiste le 5 octobre 2000 sur l’Express.fr

que je trouve fort explicite :


« Pour qui n'a pas le temps ou les moyens de se plonger

dans les huit volumes de la version intégrale (chez Stock),

voici un condensé du journal de Virginia Woolf. Choisis et

publiés par son mari dans les années 50, ces extraits se

rapportent à son travail d'écrivain. Une suite d'illuminations

et de dépressions, la création au jour le jour, l'un des plus

beaux journaux intimes de la littérature mondiale. »




Pour éclairer cette rapide présentation d’un ouvrage

remarquable, je ne peux résister au plaisir de citer Virginia

dans une des premières pages du Journal d’un écrivain :



1920

Lundi 26 janvier

« Le lendemain de mon anniversaire ; ainsi j’ai trente-huit ans.

Soit. Il est indéniable que je suis beaucoup plus heureuse

que je ne l’étais à vingt-huit ans. Et plus heureuse que je ne

l’étais hier, car j’ai entrevu cet après-midi une formule nouvelle

pour un autre roman.

Supposons qu’une chose découle d’une autre – comme dans

un roman non écrit, et pas seulement pendant dix pages, mais

pendant deux cents peut-être – est-ce que cela ne donnerait

pas l’aisance et la liberté que je cherche ?... »



La merveilleuse expression d’une femme qui vivait par
et pour les mots.



Dimanche 28 décembre 2008